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Jean DUFAUX
(scénario)

Jacques TERPANT
(dessin)


Nez de cuir
(d’après le roman de
Jean de La Varende)


Nous avons chroniqué ici le roman de Jean de La Varende paru en 1937 et le film réalisé par Yves Allégret en 1951. Voici maintenant la bande dessinée où l’histoire de Nez de Cuir est intelligemment scénarisée par Jean Dufaux et superbement illustrée pat Jacques Terpant, deux grands auteurs de BD à qui nous devons déjà nombre de chefs-d’œuvre.

L’histoire se déroule au début du XIXe siècle. Le jeune comte Roger de Tainchebraye est très gravement blessé à la bataille de Reims en 1814 où la cavalerie napoléonienne affrontait un régiment de cosaques. Une balle de pistolet et deux coups de sabre ont défiguré le jeune officier.
Le docteur Marshal a fait ce qu'il a pu pour lui sauver la vie mais en ce qui concerne le nez coupé, il n'y avait pas d'autre solution que de dissimuler l’horreur sous un masque de cuir.

Une année plus tard, le jeune comte reprend sa place parmi la société normande mais son caractère s’est aigri et sa violence prend souvent le dessus.
La chasse, les fêtes et les conquêtes féminines sont ses principales activités, des moyens de se sentir encore vivant et de multiplier les victoires. Il sillonne la forêt sur son cheval, Agramant, au cours de chevauchées furieuses de jour comme de nuit. Pour les femmes, il dispose d'un pavillon où les demoiselles, curieuses ou craintives, se succèdent en une folle farandole.

Mais un jour, il rencontre la jeune et belle Judith dont le caractère est aussi déterminé que celui du comte. Leur relation sera tumultueuse. Cette histoire d’un amour impossible constitue le cœur de l’intrigue…

Jean Terpant a un talent fou pour nous montrer les portraits, les expressions et les costumes des personnages comme les décors du pays d’Ouche, les forêts, la campagne, les châteaux…
Le découpage de Jean Dufaux est très pertinent et les textes bien choisis tant pour les phylactères que pour les cartouches qui rythment à merveille cette histoire d'amour et de violence.

Un beau travail qui donne une nouvelle vie à cette aventure épique que La Varende, avant de l’écrire, a souvent entendue dans son enfance puisque son grand-oncle Achille Périer de la Genevraye l’a vécue dans la réalité.

Un album qui nous replonge avec bonheur dans l'atmosphère des "films en costume" et des grands romans du XIXe siècle. Jean de La Varende, né en 1887 et orphelin de père à l’âge de deux mois, a été élevé chez son grand père, le contre-amiral Fleuriot de Langle, dans le respect des traditions ancestrales.
« Cette amitié entre le petit garçon et son grand-père eut pour effet de faire vivre Jean de La Varende cinquante ans plus tôt. Il n’appartiendra jamais à la même génération que ses contemporains. Ne deviendront ses amis que des hommes vivant le même décalage, respirant les mêmes idées, ayant les mêmes goûts, ceux de la Restauration, en province. » (Anne Brassié, La Varende, Pour Dieu et le roi, Perrin, 1993)

Dans une dernière double-page, les auteurs rendent hommage à Jean de La Varende par le dessin et le texte. « Il y a dans Nez-de-Cuir une vivacité, une force, une sincérité (la signature des grands) qui vous poussent vers les corps, le ressenti des corps, de ce qui les fait vibrer, réagir. Notre homme n'est certainement pas un pur esprit. Aimer la terre, aimer les femmes, c'est d'abord ressentir, goûter aux éléments, une peau comme un bocage, les battements d'un cœur comme un envol de perdrix. »

Il y a tout cela dans cet album et bien plus encore. Une aventure éditoriale à ne pas manquer !

Serge Cabrol 
(18/09/19)    



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Futuropolis

(Août 2019)
64 pages - 16









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