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Hannelore CAYRE


Comme au cinéma
Petite fable judiciaire




Dans ce quatrième roman, nous retrouvons avec bonheur l'humour percutant d'Hannelore Cayre qui caricature et ironise dans les dialogues souvent aigres-doux, les situations et les portraits des personnages.
Unité de temps et d'espace pour une dramaturgie caustique, nous voici à Colombey-les-Deux-Églises pour deux événements qui, a priori, n'ont rien en commun. Et pourtant...

Étienne Marsant, comédien maintenant âgé qui se remet d'un incident cardiaque et ne supporte plus le quotidien avec sa femme, a accepté l'invitation du festival de cinéma "Résistances en Haute-Marne" où sera projeté un des films qui ont fait sa gloire.

Jean Bloyé, avocat prestigieux, vient devant la cour d'assises de Chaumont défendre Abdelkader Fournier condamné en première instance à huit ans d'emprisonnement pour une série de douze braquages réalisés avec un pistolet en plastique.

Hasard du calendrier, le festival et le procès se déroulent sur la même période à quelques kilomètres de distance.

Le comédien, l'avocat et sa femme ont réservé dans la même auberge dont l'employée, Sylvie, jeune fille à la fois naïve et nature, ne va pas laisser indifférentes nos deux gloires vieillissantes.

Etienne Marsant aime sa conversation rafraîchissante et l'écoute avec plaisir lui raconter ses malheurs, par exemple la façon dont sa meilleure amie lui a piqué son copain :
– Elle avait envoyé ma photo au concours régional Jacques Dessange. On gagnait une coupe-brushing-couleur gratuite. Pour faire court, j'ai été prise et pas elle, alors qu'à la base elle était plus grande que moi et que ça devait être elle qui aurait dû être prise vu qu'à la clef il y avait un défilé de mode à Dijon pour le départemental de la coiffure. Vaness, tellement elle était jalouse, qu'elle est allée faire sa mytho partout comme quoi les filles dans la mode, c'était toutes des putes et que j'irais faire du hard à Paris. Alors Raphaël m'a pris la tête grave devant sa mère qui en a rajouté une couche. Que je mettais la honte à leur famille et tout, alors que j'avais rien fait. Il m'a dit que c'était le défilé à Dijon ou on cassait.
– Alors ?
– Alors, j'ai choisi Dijon et j'ai bien fait parce que c'était trop beau.

Avec Jean Bloyé, elle évoque les criminels en série et déclare :
– J'aurais adoré faire avocate, profiler ou police scientifique, mais quand j'entends comment c'est stratégique et tout, je me dis que je regrette pas d'avoir fait hôtellerie.

Outre l'humour et la dérision, plusieurs thèmes forts parcourent ce roman et lui donnent sa densité. Le vieillissement, donc, avec d'une part le comédien qui reprend du service pour échapper à l'ennui de sa vie conjugale et d'autre part l'avocat qui rêve de mettre fin à sa vie professionnelle pour ouvrir une crêperie en Bretagne ce qui n'est pas du tout du goût de son épouse.
La justice aussi, bien sûr, avec un président de cour d'assises, Anquetin, dit "le boucher de la Haute-Marne", imbu de son pouvoir et de sa personnalité, qui assène des phrases définitives du type : Ici, l'ordre public c'est moi et à Chaumont on n'aime pas le couscous !
Pour notre plus grand plaisir, Jean Bloyé et Étienne Marsant lui prouveront qu'on ne peut jamais être sûr de rien...
Le jeune avocat général, quant à lui, après sept ans de tribunaux de province, rêve de poursuivre sa carrière à Paris où son homosexualité sera plus facile à affirmer et les rencontres plus fréquentes.
Le procès est un immense régal et le chapitre où Anne, épouse et subtile assistante du grand avocat, décrit et récuse ou accepte les jurés est un morceau d'anthologie. Le talent de l'auteur pour la caricature et le portrait s'y affirme de façon magistrale.
N'oublions pas les coups de griffes aux notables locaux dont Mme de Gensac, la sous-préfète, est un superbe spécimen…

Voilà un roman qui n'engendre pas la mélancolie, où l'on retrouve la verve truculente d'Audiard, Blondin ou Fallet, et qui fait rêver, quand on referme le livre, au film que cette décapante comédie pourrait devenir. Une occasion de s'amuser intelligemment à ne pas manquer, ce n'est pas si fréquent dans cette rentrée littéraire !

Serge Cabrol 
(15/11/12)    



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Lectures









Editions Métailié

196 pages - 17 €








Hannelore Cayre,
avocate pénaliste,
a déjà publié trois romans noirs chez Métailié dont Commis d'office qu'elle a adapté au cinéma en 2009 avec Roschdy Zem.








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