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Pierre CHAZAL

Marcus


Pierre Chazal signe là un très beau roman, situé à Lille, plus particulièrement dans le quartier populaire de Wazemmes, au début des années 90, un roman sur la solidarité, l'amitié, l'amour, sur cette fraternité qui peut souder un groupe au point que chacun puisse compter sur l'autre quoi qu'il arrive. Pierrot, le narrateur, est de cette trempe d'hommes droits, solides, fidèles à la parole donnée et profondément respectueux de ceux qu'ils aiment. Pour lui, la vie n'a jamais été facile, avec un père alcoolique et violent, et le malheur ne l'a pas épargné. Il a aimé une jolie fille, Hélène, mais ils étaient deux à l'aimer et elle a choisi l'autre, Frédo : Son père était à la direction de l'usine Phildar, ses grands-parents lui avaient payé une Audi dès qu'il a eu le petit papier rose. Sa révolte, je l'ai jamais bien comprise. Il traînait avec nous, il se fringuait comme nous, on barbotait ensemble des magazines chez le libraire, on fumait des cigarettes sous la fenêtre de la principale. Il faisait la déconne comme nous, mais derrière, il y avait autre chose. Comme s'il voulait régler des comptes avec je sais pas trop qui, ou quoi. C'est avec ça qu'il l'a fait tomber, Hélène. Amoureuse, je veux dire. Elle a dû croire qu'il avait grandi avant les autres et qu'il l'aiderait à s'envoler.

Mais loin de l'aider, Frédo l'a conduite au fond du gouffre. Squat, alcool, drogue… Hélène s'est enfoncée dans la dépendance. Elle a eu un enfant de Frédo, le petit Marcus… Et puis Frédo est mort et un jour, Hélène a choisi d'en finir en laissant une lettre pour confier son fils à la seule personne en qui elle avait une totale confiance, Pierrot.

Le roman s'ouvre sur cette étrange situation où Pierrot, célibataire, pas toujours très commode, se retrouve avec un enfant de huit ans sur les bras. Heureusement, il a autour de lui "la bande", des gens simples, comme Pierrot lui-même qui vend des légumes sur les marchés et sillonne la région dans sa camionnette, des gens fiables qui vont se serrer les coudes pour ne pas se décevoir mutuellement.

L'essentiel du roman est dans la relation très forte qui va se tisser entre ce gentil Nounours un peu maladroit et ce gamin de huit ans intelligent et affectueux. Des êtres qui ont connu une entrée difficile dans la vie mais restent ouverts à la joie et au bonheur, malgré tout. Ils vont s'observer, se flairer, s'apprivoiser et tenter de construire un embryon de famille.

Mais le rose a toujours du mal à l'emporter sur le gris et Pierrot se retrouve en prison. C'est dans sa cellule qu'il raconte ce qui s'est passé avant son incarcération, on le comprend par quelques allusions dans la première partie. Aujourd'hui encore, quand je ferme les yeux, j'arrive à me remettre le tableau en tête. Il me suffit d'un moment de silence, d'un cessez-le-feu de trois secondes dans la cour de promenade, et je rembarque dans la grande machine à remonter le temps.

Dans la deuxième partie, on est au temps présent du récit et Pierrot est détenu à la maison d'arrêt de Loos-Lez-Lille sans savoir quand il en sortira. Il risque une lourde peine pour homicide. Le ton est juste et l'atmosphère très bien rendue.
Pierrot derrière les hauts murs et Marcus à l'extérieur, la vie n'est pas tendre avec eux et les mois passent…

On ne racontera pas la suite, ni la fin, bien sûr, on se contentera de conseiller très vivement la lecture de ce roman plein d'émotion, qui rappelle que l'homme n'est pas toujours un loup pour l'homme, qu'il y a aussi des raisons d'espérer et d'avoir confiance en la nature humaine. La vie est un combat mais on n'est pas obligé d'écraser les autres pour survivre et certains mènent leur existence la tête haute sans avoir honte de leur reflet dans un miroir. Pierrot est de ceux-là, un être solide et lumineux, et le petit Marcus le comprend tout de suite, lui prenant la main, bien décidé à ne plus la lâcher. Une belle écriture au service d'une belle histoire, avec des personnages, une atmosphère, un univers très attachants. Laissez-vous emporter, un rayon de soleil en automne n'a jamais fait de mal à personne…

Serge Cabrol 
(01/10/12)    



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Lectures









Alma Éditeur

(Août 2012)
330 pages 17



Points

(Juin 2013)
264 pages 6,90







Pierre Chazal,
né en 1977, a étudié et vécu à Lille, puis en Angleterre, avant de s'installer à Paris. Il y enseigne depuis deux ans le français langue étrangère. Marcus est son premier roman.