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Justin CRONIN

Le passage


Dans les années 2010, l'armée américaine expérimente dans le plus grand secret, sur des condamnés à mort, un virus qui, lorsqu'il ne provoque pas une maladie fatale, transforme les sujets en mutants doués d'une force physique et d'une résistance exceptionnelles, quasiment immortels, et dominés par un féroce appétit du sang. Un siècle plus tard, ceux que l'on nomme désormais les viruls ou les fums ont envahi le continent, se sont multipliés et ont réduit les rares survivants humains à se réfugier dans de petites colonies en état de siège permanent. A la porte de l'une d'elle se présente un jour une adolescente mystérieuse qui possède d'étranges pouvoirs. Lorsqu'il s'avère que la jeune fille est en fait âgée de cent ans, un petit groupe quitte la colonie pour partir avec elle en quête de ses origines ; le long et périlleux voyage qui s'ensuit occupe un bonne part de ce roman fleuve, qui n'est en fait que le premier volume d'une trilogie à venir.

Dans Je suis une légende, Richard Matheson avait déjà opéré une synthèse du fantastique et de la science-fiction en attribuant le vampirisme à l'action d'un virus – ici aussi, les viruls ne sont rien d'autre qu'une version modernisée des vampires qui peuplent la littérature gothique du dix-neuvième siècle. Mais alors que Matheson avait choisi une forme brève, centrée sur le journal d'un seul individu, et respectant comme une tragédie classique une unité de temps et de lieu, Justin Cronin déroule pour nous la fresque immense d'un univers apocalyptique, où foisonne une multitude de personnages, qui s'étend sur des décennies et fait parcourir au lecteur une grande partie du territoire américain. Il se montre authentique romancier en dotant chacun de ces personnages multiples, même les plus secondaires, d'une individualité complexe et attachante, telle celle de Peter, jeune homme habité par le doute et dominé par la personnalité de son frère, qui révèle peu à peu des qualités aptes à faire de lui le chef de la quête entreprise avec ses camarades. Pour tous, d'ailleurs, cette quête sera l'occasion d'un cheminement initiatique qui les révèlera à eux-mêmes. Quant à Amy, l'adolescente énigmatique, c'est à peine si elle commence à découvrir son destin qui, l'identifiant à l'arche de Noé, sera d'apporter le salut au monde.

Justin Cronin fait aussi preuve d'une maîtrise remarquable dans l'art d'agencer les intrigues compliquées qui s'entrelacent au cœur du livre. Juxtaposant les lieux et les époques, recourant aux extraits de journal intime et de mémoires qu'il intercale dans un récit plus classique, interrompant les chapitres au moment de l'incertitude maximale, c'est avec une habileté jamais démentie qu'il entretient un suspense constant, et d'autant plus efficace que l'on prend à cœur le sort de héros à l'humanité si attachante. Par sa complexité, par son ampleur, par la rigueur de sa construction, par la crédibilité étonnante de l'univers fantastique qu'il impose à l'imagination du lecteur, ce très long roman au cours tumultueux, dans lequel on s'immerge avec bonheur, n'est pas sans faire songer à L'Échiquier du mal de Dan Simmons.

Sylvie Huguet 
(31/08/11)    



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Lectures










Éditions Robert Laffont

976 pages - 22,90


Traduit de l'anglais par
Dominique Haas






Justin Cronin,
né en 1962,a effectué ses études à l'université de Harvard. Il est l'auteur de plusieurs romans dont Huit saisons (Mercure de France, 2003), couronné par le prix Pen-Hemingway.