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Philippe DJIAN

"Oh..."


Michèle, la narratrice, est une femme au caractère trempé et au tempérament complexe. Un très beau personnage dans lequel Philippe Djian se glisse, à la première personne, avec plaisir et malice. Dans le passé comme dans le présent, elle est - et a toujours été - confrontée à des épreuves et des choix difficiles. Elle mène son existence avec une redoutable énergie.
Dès l'enfance, la vie ne l'a pas épargnée en faisant de son père le monstrueux assassin de plusieurs dizaines d'enfants. Procès, emprisonnement à perpétuité. Pour lui, l'affaire est réglée. Mais pour Michèle et sa mère, comme si elles étaient aussi responsables, ce furent les insultes, les crachats, les coups de fil anonymes, les courriers obscènes, les inscriptions sur les murs, les humiliations chez les commerçants, les vitres brisées et les déménagements…

Michèle s'est mariée avec Richard, a eu un fils, Vincent, qui a aujourd'hui 24 ans. Elle s'est séparée de son mari depuis trois ans, et travaille comme lectrice de scénarios dans une maison de production créée avec Anna, son amie depuis plus de vingt ans. Elle s'entendait très bien avec Richard sauf sur un point : il écrit des scénarios qu'elle trouve mauvais et il lui en veut de ne pas les défendre, de ne rien faire pour l'aider… La vie commune était devenue insupportable.
Si j'ai jamais éprouvé de profonds sentiments pour un homme, c'est à Richard que je les ai réservés. Je l'ai d'ailleurs épousé. Et aujourd'hui encore, à travers de petites choses, par exemple lorsqu'il me prend la main ou me cherche des yeux avec une pointe d'inquiétude, quand d'un océan d'incompatibilités réciproques émergent ces îlots d'affection, de pure entente, je perçois très bien l'écho de ce que nous avons été durant quelques années l'un pour l'autre.
Autrement, nous nous détestons. Enfin lui me déteste. Son incapacité à vendre ses scénarios et d'en être réduit à travailler pour la télé sur d'affreux téléfilms, sur des programmes indigestes, avec des cons, seraient en partie ma faute. Je ne fais pas ce qu'il faut, à l'entendre, je n'ai jamais levé le petit doigt, je n'utilise pas mes relations, j'y mets de la mauvaise volonté depuis le début, la plus mauvaise volonté du monde, bla bla bla. On n'en ressort pas vivant. Le fossé se creuse.

Michèle apprécie maintenant le calme de son existence solitaire mais, au moment où commence le roman, sa tranquillité a été sérieusement mise à mal. Un homme s'est introduit chez elle pour la violer et elle se relève douloureusement de l'agression. Honteuse, furieuse (elle avait oublié de mettre la chaîne dont sa porte est pourtant équipée), elle est agitée par des pensées contradictoires et de nombreuses questions. En parler ? A qui ? Porter plainte ? Subir tous les désagréments des interrogatoires et de l'enquête ? Pour le moment, elle se tait, vite reprise par les soucis du quotidien. Sa mère, soixante-quinze ans, s'offre les services de jeunes hommes pour assouvir ses désirs. Son fils s'est mis en ménage avec une jeune femme enceinte d'un autre. Son amant (le mari d'Anna) l'ennuie de plus en plus et elle envisage de cesser cette liaison sans relief… De plus, Noël approche et il va falloir réunir tout ce petit monde pour une soirée qui risque ne pas être aussi paisible qu'elle le voudrait.

Et ce n'est pas tout ! Il y a un autre personnage, essentiel, qui entre dans la ronde. Le voisin d'en face, jeune et beau, qui ne la laisse pas indifférente mais qui n'a pas l'air très clair et pourrait bien être son violeur qu'elle ne peut pas identifier parce qu'il était cagoulé. Une étrange relation s'établit entre eux…

Tous les ingrédients sont réunis pour un bon roman, violent et drôle à la fois, avec un suspense bien maîtrisé. Plus on tourne les pages, plus on découvre le tempérament de Michèle, sa force de caractère mais aussi ses doutes, ses désirs contradictoires, et on se demande comment toutes ces histoires entremêlées vont évoluer, comment tout cela va finir… Et on n'est pas déçu, Philippe Djian tient bien les rênes et sait mener, de main de maître et d'une plume acérée, ses intrigues à leur terme. Une lecture à conseiller parmi cette rentrée 2012 riche en personnages féminins intéressants, complexes et déterminés.

Serge Cabrol 
(24/09/12)    



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Lectures









Éditions Gallimard

(Août 2012)
240 pages 18,50


Prix Interallié
2012







Philippe Djian,
né à Paris en 1949 est l'auteur d'une bonne trentaine de livres dont certains, comme 37,2 le matin, ont été adaptés au cinéma. Il écrit aussi des paroles pour Stephan Eicher ou Johnny Halliday.





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