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Georges FLIPO

Le film va faire un malheur


Alexis découvrait que ce qu’il préférait dans son métier, ce n’était pas d’imaginer, ni de filmer ce qu’il imaginait, mais simplement d’imposer son point de vue…

Au début on craint le pire, c'est-à-dire le pur et simple règlement de compte avec le milieu du cinéma. Alexis, le personnage principal est tellement détestable qu’il en est à peine crédible et on a du mal à comprendre pourquoi il a choisi de devenir réalisateur. Puis Georges Flipo nous embarque avec les autres personnages, plus subtils : Clara la maîtresse bafouée, jolie fille à la mode qui travaille dans la publicité, superficielle en apparence mais maman attentive et avide d’attentions et Sammy, le truand corse égocentrique et naïf qui rêve que l’on tourne un film sur sa carrière de cambrioleur de bijouteries. C’est en centrale qu’Alexis le rencontre lors d’une projection privée de son premier film « Zoubeida l’Africaine ». J’y réfléchirai. Pourquoi pas… leitmotiv susurré du bout des lèvres.

Mais Sammy, sorti de prison, le harcèle et fait peser une menace sur Clara. Alexis ne sait pas dire non et se trouve dans une sombre période : Clara l’a quitté, lassée de son égoïsme et de sa bêtise, son long métrage est un four et il est obligé de réaliser des films publicitaires, tâche qu’il juge indigne de lui mais qu’il peine à mener à bien. Là se trouve le vrai sujet de ce roman satirique, la publicité, milieu que l’auteur connaît bien. Le tournage d’un spot pour un gel douche nous livre les pages les plus hilarantes tout comme celles consacrées aux virées dans des hôtels bas de gamme des Pays Baltes pour lesquels Alexis doit tourner des parodies de comédies musicales afin de pouvoir payer son assurance sociale. L’auteur épingle également les faux savants à travers les relations entre Sammy ignorant mais avide de savoir et Alexis qui doit son pauvre vernis de culture littéraire aux adaptions vues au cinéma. Mais ce dernier qui se croit au-dessus du lot et pense mener le monde va être pris dans un piège infernal et devenir victime de sa propre bêtise.

Si Georges Flipo a la dent dure, il n’est pas un écrivain aigri qui se venge par personnage interposé et il donnera à son antihéros de pacotille le moyen de se racheter. Tous n’auront pas cette chance. Si l’on veut bien fermer les yeux sur un point de vue parfois flou, flouté peut-être, on appréciera les chapitres serrés et l’écriture tout en énergie grinçante et regards biaisés. Au-delà de la dérision, ce roman raconte une véritable histoire de relation entre les hommes, sur les faux-semblants et les vrais ratages, une histoire à laquelle on s’attache, comme par surprise.

Patricia Châtel 
(12/08/09)    



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Le Castor Astral

314 pages - 15 €




Georges Flipo est publicitaire, nouvelliste et romancier. Ce roman est son cinquième livre publié.


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