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Pierre FRÉMONT

Un salaud au salon


Un roman policier à prendre à la légère. Voilà qui est bien agréable. Bien sûr, cela commence par un mort. Il y a une enquête dans le Salon du livre où a eu lieu l'assassinat mais Pierre Frémont nous entraîne dans une découverte de Limoges, de son histoire et de ses mystères : "Après quelques minutes de récupération, ils traversent la rue Saint-Domnolet et s'engagent dans la rue de la Règle. Ces rues sont identifiables grâce à leur coquille Saint-Jacques en bronze, matérialisant l'itinéraire emprunté par les pèlerins du chemin de Saint-Jacques de Compostelle."

Limoges est aussi une ville militante et accueillante : "Des prénoms comme Ibrahim, Joldi ou Naqib prouvent que l'intégration est réussie. Ces prénoms sont désormais bien de chez nous, n'en déplaise aux vieux relents nationalistes, défenseurs d'une morale rétrograde et réactionnaire."

Pierre Frémont dénonce aussi la misère sociale : "Ses hôtes habitent à deux pas du salon, au cœur du vieux Limoges. Autrefois, c'était un quartier un peu misérable, assez louche pour tout dire. Les " honnêtes " gens le qualifiaient même de coupe-gorge. Un homme à la bourse pleine n'y aurait pas mis les pieds de peur d'y perdre la tête. Depuis, il a subi une réhabilitation immobilière forcenée. Aujourd'hui, les loyers y sont tellement prohibitifs qu'un ouvrier honnête ne peut y mettre les pieds, au risque d'y perdre la bourse sur un coup de tête. Les loueurs n'y vont pas avec le dos de la louche. Ce sont les violents du bail."

La guerre d'Algérie, le problème des SDF, les injustices… plusieurs sujets graves sont abordés mais il y a aussi beaucoup d'humour, des jeux de mots, des calembours à prendre aussi avec le plaisir de se laisser porter par la dérision : "Comme dans tous les romans et de nombreux matins d'automne, on ne peut échapper à la sempiternelle brume matinale qui étend son voile vaporeux sur la ville, l'enveloppant comme une immense toile d'araignée. A rendre une mygale folle de jalousie."

Le commissaire Derien est sympathique puisqu'il est surnommé commissaire du peuple. Le roman respecte les codes du polar qui souvent est l'occasion de peindre la société à un moment donné pour montrer l'envers du décor.

Un clin d'œil aussi à la magnifique gare de Limoges était incontournable :
"– Elle est vraiment majestueuse avec son campanile. Certains le comparent au minaret d'une mosquée, d'autres à un énorme phallus. C'est selon les goûts, l'imagination et les croyances. Du sous-sol aux horloges, tout là-haut, il y a une sacrée grimpette. On y accède par un escalier très étroit, presque à pic. J'ai eu l'occasion de le gravir plusieurs fois, notamment lorsque nous avons accroché le drapeau rouge. C'est très impressionnant!
– J'ai suivi votre mouvement avec attention car nous avons un point commun. Les Français ne se doutent pas que, nous aussi, nous avons une mission de service public dont l'état se désengage de plus en plus.
– C'est exact, la nation ne peut pas élire un Roi et défendre les services publics.
"

Espérons que Limoges, la militante, continuera à nous montrer le chemin de la résistance et du combat contre les injustices.
Un bon moment de lecture, un livre à mettre dans sa valise pour les vacances.

Brigitte Aubonnet 
(18/06/11)    



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Noir & polar










Le bruit des autres

152 pages - 14