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Jean-Marie GOURIO


Apnée



L'histoire de ce roman est odieuse : Sandrine, 6 ans, est morte, violée, assassinée.

La narratrice, Chantal, mère de la victime, connaissait bien Monsieur Jean, l'auteur du crime. C'était un voisin sympathique, marié, père d'une fillette, dont la petite appréciait la compagnie. Comment croire à cet acte épouvantable ? Comment comprendre, accepter? Peut-on survivre à un tel drame ? Seule, puisque devant l'horreur, Simon, son mari, a choisi de fuir, ajoutant l'abandon à la fureur du meurtrier.

Les cartes du destin sont donc distribuées : pour lui, une balle dans la tête au fond du jardin ; pour elle, le poids de la douleur et la solitude absolue. Les jeux sont faits, rien ne va plus, à la roulette du destin elle a gagné une condamnation à 25 ans de face à face quotidien avec un deuil impossible.

C'est finalement à travers le bourreau qu'elle cherchera à maintenir le lien avec son enfant, pour retrouver une certaine forme de paix. Elle l'accompagnera dans sa peine de prison et ira l'attendre à sa sortie pour retrouver sa fille disparue à travers lui. Refuser le deuil, fuir, s'enfuir sur les terres de l'enfance et de la folie.

On assiste dès lors à une tragédie moderne avec, en écho à la monstruosité du crime commis, la violence destructrice de la souffrance.

Ce livre est déroutant voire perturbant. Difficile d'y pénétrer, pas un seul point, pas de paragraphe mais des bouts de phrases terribles lancés comme des sanglots ou des litanies, entre virgules. Un style haletant, délirant et précis tour à tour, efficace pour traduire la douleur qui mine cette femme à la dérive et le délire dans lequel elle se réfugie. Le lecteur se prend ses confidences de plein fouet, sans espoir de répit, jusqu'à la nausée et l'étouffement. Une fois étourdi, terrassé par ce flot infernal, il reste en apnée jusqu'à la dernière ligne.

Un titre bien choisi donc pour ce livre déstabilisant, qu'il est tentant de rejeter tant son sujet relève de l'intolérable mais qu'il est difficile d'abandonner et d'oublier si on se laisse prendre au piège de la détresse de cette victime. Mais, surtout, ce qui rend ce roman fascinant c'est l'adéquation exceptionnelle entre l'intensité de la souffrance, l'inconvenance démentielle du personnage et l'oppression que le rythme et le style provoquent chez le lecteur. Une lecture surprenante.

Dominique Baillon-Lalande 
(28/07/05)    



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Julliard

(Janvier 2005)
154 pages - 16