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Hubert HADDAD


Géométrie d'un rêve



Ce foisonnant roman est le journal intime - alternance de rêves, de souvenirs, de récits de promenades et de rencontres – d’un écrivain retiré dans sa maison de Ker-Lann, tout au bout de la Bretagne, à proximité des phares, des rochers et des tempêtes.
Géométrie d’un rêve, géométrie d’un lieu : À demi dissimulés par les bosquets de pins et de chênes, le domaine de Ker-Lann et les toits pointus du bourg de Meurtouldu se repèrent par la tour octogonale et le clocher, lesquels, en perspective tronquée, forment un trapèze avec le phare de l'Ankou et celui du Hueldu dressé sur la colline, en surplomb des îles de la Fée.

La maison et son passé occupent une place importante dans le livre.
Acquise il y a une décennie avec les droits d'auteur de Tallboy, roman qui m'aura valu un vrai succès de librairie, le seul en l'occurrence, cette demeure vieille de trois siècles garde dans la contrée une réputation calamiteuse : on y aurait assassiné de temps à autre, on s'y serait pendu.

A proximité se trouve un autre lieu à l’histoire dramatique. Le château de Fortbrune perdu dans la lande, à moins d'un kilomètre du domaine de Ker-Lann, avait été racheté par un vieil original surnommé on ne sait trop pourquoi le Maître de Lassis, artiste peintre de grand talent, d'impénétrable génie même, qui vivait dans une retraite volontaire avec sa fille Aurore et une jeune gouvernante. Mais ses tableaux n’ont pas survécu à la folie guerrière. C’est ainsi que furent anéantis les chefs-d’œuvre du château de Fortbrune brûlé par les nazis avec ses habitants.

La narrateur, dans cette contrée lourdement chargée de passé, parcourt au fil de ses rêves et de ses heures d’écriture, certaines zones de sa propre histoire, évoquant les femmes qui ont croisé sa route.
Un cœur de femme aura toujours battu sous mes pattes de mouches.

Celle qui apparaît dès la première page est Fedora, artiste lyrique, avec laquelle il a vécu une passion dévorante et orageuse, des après-midi d’amour fou et des nuits de grande solitude car après ses spectacles elle disparaissait, lui interdisant de la poursuivre… Il a tout essayé pour découvrir sa vie une fois la nuit tombée mais n’a jamais réussi, que ce soit à Paris, à Stockholm ou à Londres…

Les retours en arrière font apparaître un amour de jeunesse, la belle Amaya.
À vingt ans, les drames vous bousculent sans rompre la farandole. J'étais parti à Kyoto dans un profond désarroi sentimental, mais à peine débarqué, tous ces jolis museaux de chat m'enfiévrèrent : la Japonaise, vaporeuse harmonie de fleurs et de baumes, avançait vers moi son miracle démultiplié. D'amoureux générique, je devins le céladon très privé d'Amaya qui concentrait en sa personne toutes les moelles et les secrètes essences de la femme nippone.
Mais là encore, une histoire aussi passionnée que compliquée. Amaya était la fille d’un yakusa – parrain de la mafia – et tout a été mis en oeuvre pour empêcher leur liaison. Le narrateur n’en était que plus enfiévré : rencontres clandestines, rendez-vous secrets, un amour violent et interdit…

Au présent, il y a Lavinia, bibliothécaire au village et descendante du Maître de Lassis, détentrice du seul tableau qui ait échappé à l’incendie du château de Fortbrune, une œuvre qui subjugue totalement le narrateur.

Il y a aussi Blandine Feuillure de La Gourancière, la « lectrice cannibale », qui débarque chez le narrateur de temps à autre pour le questionner sur son passé afin d’étayer le travail qu’elle élabore sur sa vie et son œuvre. C’est une véritable enquête qu’elle mène, se procurant tous les documents disponibles, allant jusqu’à interroger des témoins de l’enfance, mettant à nu les jours sombres…

Le narrateur a passé des années en prison et on apprend peu à peu les raisons et les conditions de ce douloureux séjour. Cela renvoie à l’enfance au bord de la Marne, à la mort de sa mère en le mettant au monde, à la haine du père gendarme, à la relation construite avec la grand-mère, puis la belle-mère…

L'authentique romancier est une sorte d'enquêteur qui passe en revue toutes les solutions imaginaires: assuré de trouver parmi elles une explication tangible, c'est rarement cette dernière qu'il exploitera. Même le plus réaliste optera pour l'invraisemblable, histoire de toréer avec un monstre de taille.

L’écriture ouvragée d’Hubert Haddad sert magnifiquement cet ambitieux projet et ce livre est une totale réussite. La poésie d’Emily Dickinson ou de Sou Tong Po et les haïkus de Bashô, entre autres, enrichissent l’ensemble, parsemés au fil des réflexions, des rêveries et des réminiscences.
Un tas de cendres
sur le balcon –
Chagrin d'amour


Un grand roman, à ne pas manquer !

Serge Cabrol 
(21/09/09)    



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Editions Zulma

408 pages - 20 €








Hubert Haddad,
né à Tunis en 1947, est l'auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages dans tous les genres : poèmes, nouvelles, récits, romans, essais, théâtre, jeunesse...
Une biographie et une bibliographie détaillées sont disponibles sur le site de l'éditeur : www.zulma.fr







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Hubert Haddad écrit pour les adultes, Hubert Abraham pour la jeunesse.
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