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Sylvie HUGUET


La vraie nature du croquemitaine



Si la vie est un roman, quelques pages suffisent parfois pour condenser des destins placés sous le signe de l’humiliation, de la trahison ou de la haine. Quelques pages pour dire combien on s’est trompé pendant des années – et particulièrement en amour – croyant le bonheur à portée de main, alors qu’il n’était qu’une illusion savamment entretenue par des liens de domination.

C’est à cette épreuve de vérité que nous confrontent les nouvelles de Sylvie Huguet, soit que le narrateur nous fasse le menu récit de sa chute sous la forme d’une lettre d’adieu, soit que nous assistions, impuissants, à la mise en scène d’une vengeance qui donne bizarrement une certaine humanité au pire des projets. Chez Sylvie Huguet, les "gentils" ne sont pas ceux que l’on croit, surtout quand ils se réclament des liens familiaux ou d’une foi coercitive (Mère-Grand, Dans l’erreur) qui empêche les autres de vivre.

On ne résumera pas ces quatorze nouvelles, dont l’inspiration puise tour à tour dans la vie familiale, les rapports de couple, la relation avec l’art et la littérature. Sur ce dernier sujet, une nouvelle comme Le disciple offre une réflexion paradoxale : on peut être un grand écrivain, mais être aussi un parfait salaud, indifférent à la détresse des autres. De même, un texte comme Esthète montre que le sentiment esthétique ne s’accompagne pas nécessairement de compassion.

Ce qui surprend aussi dans ces nouvelles, c’est la parfaite maîtrise d’une écriture dont le classicisme, loin d’être ici un mot péjoratif, s’efforce de toucher au plus près aux sensations des personnages. Pas une phrase qui ne ressemble à une autre ; pas un mot à retrancher. Des influences émergent au fil des pages : Maupassant pour la cruauté ; Henry James ou Virginia Woolf pour le souci du détail vrai.

Un point à noter encore : le motif des chiens, que l’on retrouve dans différentes nouvelles, et qui fait un joli contrepoint à la bêtise humaine. Les chiens, pour Sylvie Huguet, semblent figurer ce que nous avons perdu : l’amitié, la compassion, l’innocence. Et, sans doute pour cette raison, ils sont aussi les victimes impuissantes de la cruauté des hommes.

Quoi qu’il en soit, on recommandera ce recueil de Sylvie Huguet et, comme nous l’avons fait d’autres fois, on saluera le beau travail de l’éditeur et de l’imprimeur offrant un réel plaisir de lecture.

Pascal Hérault 
(05/04/10)    

Pour visiter le blog de Pascal Hérault : http://pascalherault.blogspot.com



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Le bruit des autres
et
Encres vagabondes

144 pages – 13 €


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