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Richard JOFFO

L'affaire Flamenco



Une jeune femme assassinée à Paris, un tremblement de terre en Chine, le roman commence comme un puzzle dont les pièces vont peu à peu s'imbriquer pour que l'intrigue nous apparaisse très clairement au fil de la lecture.
L'apparence du texte aussi est plutôt surprenante. Pas de tabulation, retour à la ligne après chaque phrase (ou presque), une mise en page minimale, plus près de l'écriture d'un rapport professionnel que d'un ouvrage littéraire.
Ajoutez à cela un style efficace, en phrases courtes, parfois sans verbe, une narration rapide, qui va à l'essentiel, sans fioritures, descriptions ou effets de style.
Et là, il est allongé sur la banquette arrière d'une grosse voiture.
Bien confortable, bien silencieuse.
Avec une cagoule sur la tête.
Impossible de savoir qui est au volant, même s'il a reconnu la voix.
Cette voix qu'il a entendue le jour où on l'a emmené dans ce bureau de ministre.
Alors il pense à sa vie.
Il ne regrette pas son aventure avec Cindy.
Mais quand même !

Et vous obtenez un roman qui se lit d'un trait parce que les sentiments et les émotions sont toujours à fleur de page, parce que l'alternance des chapitres crée sans cesse des rebondissements, parce qu'on s'attache très vite aux personnages embarqués dans une histoire qui dérape dès le début (la jeune femme n'est pas morte sur le coup) et que plus personne ne parvient ensuite à maîtriser tant les intérêts en jeu sont importants et concernent… le plus haut niveau de l'état.

Nous suivons essentiellement trois personnages qui se fuient, se suivent, se poursuivent, se croisent et s'évitent, tous les trois directement concernés par le cadavre (encore tiède) d'une jolie jeune femme avec une tache sur le tee-shirt.

Il y a d'abord le tueur, Franck Lugol, le Colonel. Un professionnel, froid, impénétrable. Mais qui n'a pas totalement réussi sa mission. À bout portant, c'est impardonnable ! Il aurait dû viser la tête. Maintenant, il va falloir réparer les conséquences de cette regrettable erreur et ce ne sera pas simple !

Il y a ensuite Cédric Dutertre, qui était au lit avec Cindy quand on a sonné à la porte. Il dormait profondément. Le Colonel a utilisé un silencieux. Cédric n'a rien entendu sauf un bruit de verre brisé. Il a mis du temps pour prendre conscience de quelque chose d'anormal, pour trouver le corps de Cindy, pour voir la tache entre ses seins.
Au loin, très loin, une sirène de police se fait entendre. Une sirène qui n'a rien à voir avec cette scène.
Mais le stress mêlé au sommeil brouille l'esprit du jeune homme.
Panique.
Il enjambe le corps.
Se sauve.

Il y a, surtout, le lieutenant Abdoulaye Mbaye, 35 ans, d'origine sénégalaise, policier chargé de l'enquête, qui va introduire l'Afrique dans ce roman. Un thème très fort de cet ouvrage. La communauté africaine en France, avec la solidarité et les tontines, ses fêtes et ses souffrances, une ville secrète de sans-papiers où le lieutenant va trouver refuge. Mais aussi la famille restée au pays, les coups de téléphone, l'impatience de se revoir. Un autre refuge possible pour le policier en fuite.
Premier arrivé sur la scène de crime, Mbaye s'est aperçu que le pouls de la jeune fille battait encore. C'est dans l'ambulance que le décès a été constaté.

Le Directeur (encore un personnage intéressant) des services (très secrets) qui emploient le Colonel voudrait savoir si Cindy a pu parler à quelqu'un avant son décès. À Cédric ? À Mbaye ? À l'ambulancier ? À l'infirmière ? Il faut savoir et s'assurer de leur silence par les méthodes les plus radicales.

Mais qui était donc Cindy ? Elle était danseuse. Elle a dansé le flamenco au Noël de l'Élysée. Le président l'a remarquée… Et après ? Que s'est-il passé ? Qu'a-t-elle appris qu'elle n'aurait pas dû savoir ? Quel rapport avec le tremblement de terre en Chine ?

Tous les ingrédients sont réunis pour un bon polar, passionnant et trépidant. Alors bonne lecture ! Et bienvenue dans la communauté africaine…
Avec un peu de discipline et beaucoup de solidarité, les occupants de la Médina vivaient dans un confort relatif, une hygiène acceptable et un bonheur dont seuls les Africains connaissent le secret.
Pour être heureux, il faut avoir du talent pour le bonheur.
Et eux, ce talent, ils n'en manquaient pas.
Il y avait même une salle consacrée aux réunions et à l'école.
L'école obligatoire pour tous les enfants. Et tous les adultes qui ne maîtrisaient pas le français. Parlé et écrit !
Quarante familles vivaient ainsi dans la plus extrême clandestinité et la plus parfaite harmonie.
Ils venaient du Mali, de Guinée Conakry, du Sénégal, du Togo, du Niger, du Cameroun, de Côte d'Ivoire, du Gabon, du Congo, de Mauritanie. Des Peuls, Soninkés, Bamilékés, Toucouleurs, Bétés et bien d'autres.
II y avait aussi une famille du sud du Maroc.
Mais ici, pas de clans, pas de castes, pas d'ethnies. Juste le partage de l'exil volontaire. Le partage du malheur et du bonheur.
Le partage de la peur aussi. La peur que tout ceci ne soit un jour découvert.

Serge Cabrol 
(19/11/11)    



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Noir & polar








Phoenix Press


224 pages - 19












Richard Joffo,
né en 1950, journaliste, parolier et écrivain, a consacré toute sa carrière à la communication, aux médias et à l'écriture.


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