Ahmed KALOUAZ

Si j'avais des ailes



Collection D’une seule voix

Des textes d’un seul souffle. Les émotions secrètes trouvent leur respiration dans la parole. Des textes à murmurer à l’oreille d’un ami, à hurler devant son miroir, à partager avec soi et le monde.

Une collection dirigée par Jeanne Benameur et Claire David.

Format 11 x 18 cm
Adolescents et jeunes adultes

Il a quinze ans et cela fait quinze jours que le père s'est enfui, en silence. « Tu es parti. Dans notre communauté, lorsqu'on se quitte on ne dit rien. On tourne les talons et l'on prend le vent dans le dos. » « Quinze jours ce n'est rien et si long pourtant. Le temps d'une maladie d'enfant. Celle-ci sera plus difficile à soigner, laissera peut-être des traces. »
Alors, l'adolescent, à perdre haleine court pour se libérer de son chagrin. «  Je cours et me vide du trop-plein de colère ». Ses pieds frappent le sol et sous ses semelles, les mots se lèvent. « Il y a tant à dire, à parler, à raconter. » A foulée régulière, il lui parle de la mère, de ce qu'il a appris ou deviné de ce peuple tzigane, ce ventre dont jamais son manouche de père n'acceptera de sortir, qu'il aime lui aussi même si inexorablement, il sait qu'il s'en éloigne.
«  Les gens nous appellent "voleurs de poules" mais les poules sur le bord de la route, on n'en croise pas beaucoup. Parfois ils disent "Bohémiens" alors que nous sommes des fils du vent. [...] Nous, on ne nous attache pas. Tu le sais mieux que moi, notre race personne n'a réussi à l'enchaîner. [...] La caravane, c'est la vie et la mort liées. [...] Vous passez votre temps à repousser un sentiment de solitude, en vous tenant les uns contre les autres. » Mais « votre cercle est de plus en plus resserré et on vous étouffe d'une aire de stationnement à une autre. Vous avez perdu au fil du temps, les beaux pâturages, les belles prairies des bords de l'eau. » «  Malgré toutes ces misères subies, j'ai l'impression que vous passez vos journées à regretter le temps où vous étiez sur les routes. Quand la vérité n'est pas belle, il reste l'imagination. »

Il parle ainsi à son père comme jamais il ne l'a fait, évoquant leur relation distante et son chemin à lui, pavé de livres : « Personne ne lisait chez nous, personne ne s'intéressait aux livres ni aux mots couchés sur le papier. Une nouvelle langue s'est ouverte à moi, une découverte plus importante qu'un trésor. [...] Par respect pour vous, je ne montrais pas trop ce que je savais, me contentant de tout mettre en mémoire. » « Dans cette famille où vous êtes toujours en voyage, vous avez la mémoire collée au bout de vos doigts, sur les cordes des guitares » mais « à travers vos voyages et à travers le temps, vous avez plus souvent emporté avec vous les mots des autres que leur or. Crois-moi, les mots écrits mènent à la même lumière. »

L'adolescent court, ses émotions secrètes trouvent leur respiration dans la parole et il dit en vrac l'amour pour la mère, femme courageuse et belle en « robe bleue, une rose dans les cheveux », l'admiration et le respect affectueux pour le chef de famille et leur besoin, à eux deux, de sa présence. « Ce sont ces choses qui nous manquent, ces instants de partage, ces petits bouts qui font le bonheur [...] dans la petite maison, on t'attend. » «  Ce que tu n'as jamais dit, importe beaucoup, [...] je te parle depuis un bon moment et pourtant c'est ta voix que je voudrais entendre. »

Enfin la course se termine et l'attente en semblera peut-être plus légère. «  J'ai battu mon record de parole, mon record de tour du lac aussi.[...] Moins d'une heure pour t'avoir dit à quoi tenait la vie. [...] Au fond de la gorge, il en reste des pleins bagages. Tu imagines ce que cela pèse, quinze ans de silence ? » « Ce qu'il faut pour reprendre la route des mots ensemble, c'est parler, causer tranquillement assis sur le talus. Allez, fais ce geste une seule fois. Ouvre ton poing fermé. »

Un court roman pour adolescents, superbe, profond, sur la communication difficile entre père et fils, sur la culture tzigane en voie de disparition, sur la difficulté d'être un transfuge entre des époques et des sociétés différentes. Une très belle lettre d'amour aussi.
Ahmed Kalouaz qui s'adresse cette fois à un public plus jeune n'a fait aucune concession, n'a pas tenté d'adapter artificiellement son univers à cette tranche d'âge. On retrouve ici son style poétique, émotionnellement fort, qui nous régale à chacun de ses récit, son thème récurrent de l'absence, sa façon d'être toujours respectueuse, humaniste mais hors de tout cadre dans lequel il risquerait de ne plus se retrouver lui-même.
Il est probable que les adolescents (l'éditeur destine ce texte aux plus de douze ans) s'y retrouveront dans leur propre quête d'identité et se laisseront séduire par cet univers étrange, coloré et si peu connu, de ces gens du voyage que l'on parque dans la périphérie des villes.
Mais mon adolescence est bien loin et d'autres, plus âgés, se laisseront embarquer tout comme moi, dans l'émotion de cette course sensible autour du lac.
Soixante-huit pages à lire et à faire lire à ses élèves ou ses enfants.

Dominique Baillon-Lalande 
(14/04/08)    



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Jeunesse






Ahmed KALOUAZ
Si j'avais des ailes

Actes Sud Junior
D'une seule voix
80 pages - 7,80 €


www.actes-sud-junior.fr







Ahmed Kalouaz
vit dans le Gard.
Il écrit des nouvelles,
de la poésie, des romans,
du théâtre...







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