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Philippe LACOCHE

Des rires qui s'éteignent


Lors d'une séance de dédicace de son dernier livre, un écrivain apprend par hasard le décès, il y a vingt ans, d'une de ses amantes de jeunesse. Les souvenirs affluent. Il la revoit, belle fille tout en jambes, gaie et sans tabous au cœur des années 70, inséparable de son amie Katia. Il était passé de l'une à l'autre, les avaient perdues de vue, avait entr'aperçu pour la dernière fois Clara à un concert au Golf Drouot en 80, puis le silence s'était installé. Là, brutalement il découvre que Clara s'en était allée rejoindre sa meilleure amie morte alors qu'elle avait à peine vingt ans dans un accident de voiture. Est-ce la disparition de celle qu'il avait imaginée mariée et mère de famille ou le fait de n'en avoir rien su, qui le perturbe à ce point ?

A la fermeture de la librairie, il erre sans but dans la ville jusqu'à ce qu'il finisse par appeler Pierrot, le vieux copain, complice de ces années de rock, d'amour libre et d'excès. Ensemble, avec quelques verres, ils partagent les images de "ces années folles, ces années mortes" qui leur sont restées, se laissent embarquer par une nostalgie tendre et émue. L'espace d'un moment, ils redonnent vie aux fantômes. "Faut-il ranger ses souvenirs comme du linge propre dans une armoire ? Je tente de me remémorer des situations, des scènes, des gens. Je m'y perds. […] Ce sont les rires dont je me souviens le mieux."

Mais, "Que reste-t-il de ma liaison avec Clara ? Pas grand-chose. Quelques images éparpillées comme les morceaux d'un miroir brisé que l'on s'entêterait à vouloir assembler, mais qui jamais plus ne formeraient une scène cohérente, un doux paysage."
Quand les deux hommes se séparent, l'écrivain croit entendre dans le silence de la nuit les rires de Clara et de Katia qui s'éteignent...

Philippe Lacoche, avec la sensibilité et l'élégance qui le caractérisent, se sert du fil d'une aventure de jeunesse pour nous livrer bien autre chose. Une réflexion sur le temps qui passe, un tableau de toute une génération bercée par la musique anglo-saxonne (pas moins d'une petite trentaine de titres parsemés comme des repère), par la culture hippie ouverte au goût de l'expérience et de la liberté, une ode à la fraternelle et chaleureuse complicité des copains, voilà de fait les fils qui tissent cette autofiction. Une peinture pointilliste d'une époque révolue avec ses rites sociaux mais aussi, malgré les rêves, les plaisirs ou galères partagés, la barrière de classe toujours perceptible entre fils de cheminots et adolescentes de familles bourgeoises.

Il y a beaucoup de simplicité, d'émotion, de sensualité, dans cette plongée douce-amère en terre de jeunesse que le hasard déclenche chez l'écrivain aujourd'hui cinquantenaire. Les acteurs du passé, amis, amantes, défilent avec insolence et tendresse sur fond de rock et de littérature (Miller, Rimbaud, Céline, Artaud, Brautigan...) sur l'écran noir de la mémoire du narrateur et il nous semble parfois les reconnaître ou se reconnaître en eux. Le lecteur, pris dans les mailles de la nostalgie, (celle de l'auteur mais aussi en écho la sienne propre), se laisse bien volontiers embarquer et séduire.

Dominique Baillon-Lalande 
(28/01/12)    



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Lectures









Éditions Écriture

180 pages - 19,50



Photo  Arnaud Plancq
Philippe Lacoche

né en 1956 dans l'Aisne, écrivain, journaliste et parolier, Prix Populiste 2000, a déjà publié une quinzaine de livres.



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