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Jean-François PAROT


L'enquête russe

Les enquêtes de Nicolas Le Floch
(volume 10)


Mai 1782. Vingt ans ont passé depuis la première enquête de Nicolas Le Floch qui se déroulait en 1761 sous le règne de Louis XV. De volume en volume, nous avons accompagné les changements dans le royaume.
Depuis 1774, Louis XVI dirige le pays. La Fayette n'a pas ménagé ses forces en Amérique et les troupes franco-américaines ont remporté la bataille de Yorktown contre les Anglais.
Mais aujourd'hui, la flotte française se trouve en mauvaise posture au large de la Martinique. Le roi vient d'en recevoir la nouvelle encore confidentielle. Le comte de Grasse a été fait prisonnier par l'amiral Rodney. Le Ville de Paris a été pris avec quatre vaisseaux de ligne. Les pertes se montent à trois mille hommes…
C'est dans ce contexte que s'ouvre ce roman et que s'annonce l'arrivée en France du prince Paul Pétrovitch, fils de l'impératrice Catherine II de Russie. Voyage qui se veut "incognito" (sous le nom de comte du Nord) mais va se révéler très encombrant. Pas moins de six cadavres vont jalonner la visite.

Sartine, qui a introduit le bouillant commissaire breton dans la police vingt ans plus tôt, a maintenant vieilli et n'est plus ministre mais outre son rôle maçonnique, Nicolas le soupçonnait d'avoir conservé une activité occulte en marge des services qu'il avait organisés. Il était reçu par le roi dans ses cabinets à des heures inhabituelles.
Aussi Nicolas n'est-il pas surpris d'être convié à une réunion avec son ancien chef. Le motif, par contre, est bien plus surprenant. Il s'agit de monter une machination pour gagner les bonnes grâces du comte russe afin de faire pression pour que son pays s'oppose un peu moins aux intérêts de la France dans les négociations internationales qui suivent l'indépendance de l'Amérique et la réorganisation des circuits commerciaux.
– Un objet précieux lui appartenant doit lui être dérobé. Sa perte aurait de telles conséquences que l'intéressé en sera réduit à faire appel à nous. Benoîtement, notre Breton apparaîtra, il écoutera, enquêtera, avisera, disparaîtra et reparaîtra avec l'objet en mains. Joie du prince, aussitôt ouvert à tout.

Voilà, il n'y a rien de plus simple ! Nicolas Le Floch est chargé d'organiser la disparition et la réapparition de "l'objet précieux". Mais quel objet peut être suffisamment précieux aux yeux du fils de l'impératrice ?

L'aventure commence et rien, évidemment, ne fonctionne comme prévu. D'autres personnages se trouvent mêlés à l'histoire et tous n'en sortiront pas vivants.
Très vite, déjà, on trouve un Russe, le comte Rovski, égorgé dans sa chambre. Une médaille américaine abandonnée sur place va confirmer le lien avec la situation internationale.
Qui est ce monsieur Smith, agent américain en liaison avec Benjamin Franklin, ambassadeur en France des Insurgents américains ? Et cette Princesse de Kesseoren dont la présence discrète se retrouve partout ? Et le secrétaire du comte, ce Dimitri, est-il vraiment un homme de confiance ?

Nicolas a bien du mal à démêler cet écheveau mais il sait qu'il peut compter sur ses amis fidèles, l'inspecteur Bourdeau, le bourreau Sanson et le chirurgien de marine Semarcgus. Les autopsies ne vont pas manquer dans les geôles du Châtelet.

Pour se distraire, il profite largement des repas chez son hôte, M. de Noblecourt où la gastronomie (avec recettes détaillées) est accompagnée de joutes verbales tout aussi appétissantes. Nicolas aime toujours autant la lecture et n'hésite pas à émailler ses propos de citations poétiques.
– Par la bonne fortune on se trouve abusé, / Par la fortune adverse on devient plus rusé : / L'une éteint la vertu, l'autre la fait paraître.
– Ah ! Non pas cela, pas vous, pas aujourd'hui ! Nous n'avons pas besoin d'un poète, mais d'un policier. D'un policier, entendez-vous ? Rengainez, monsieur, votre Marot.
– Du Bellay, monseigneur, du Bellay.

L'impertinence n'est jamais très loin mais toujours dans une langue très policée y compris dans le cadre de l'enquête : – Je vous informe en loyauté que vous êtes dès ce moment surveillée et que le moindre de vos mouvements me sera signalé. Je vous conseille donc la prudence la plus sourcilleuse. Et j'ajoute, car la police sait tout en France, que l'an dernier vous fîtes réparer une broche à portrait chez M. Böehmer... Cela vous chante-t-il quelque chose ?
Que tout cela est joliment dit !

Nicolas a la chance aussi, pendant cette enquête de profiter de la présence de son fils, Louis, un beau jeune homme maintenant, lieutenant aux carabiniers de Monsieur.

Quant à ses amours, il est peut-être le seul à vraiment s'y retrouver, et encore… Aimée d'Arranet, Antoinette… Il menait sa vie et ne mêlait pas les diverses affections qu'il éprouvait. En dépit de sa volonté de se sentir coupable de sentiments parallèles, il n'y parvenait pas. Son existence comportait des tiroirs dont le contenu ne se mélangeait pas et dont la valeur ne se comparait d'aucune façon. C'était ainsi. Il soupira et mesura combien la nature humaine était complexe, sans véritable capacité à résoudre ses propres contradictions.

Mais bon, cela relève du domaine privé, l'essentiel est qu'il sache toujours résoudre, avec autant d'énergie et de brio, les enquêtes qui lui sont confiées. Et sur ce point, une fois encore, le lecteur n'est pas déçu…

Serge Cabrol 
(13/01/12)    



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Noir & polar










Jean-Claude Lattès

504 pages - 18,50









Jean-François Parot,
diplomate et historien, vit aujourd'hui en Bretagne où il poursuit son œuvre traduite dans de nombreux pays et qui fait l'objet d'une adaptation télévisée.




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