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Gaëlle PINGAULT


Ce qui nous lie


Un recueil de quinze nouvelles qui abordent la question des liens qui attachent chacun à ses amis, ses amours, sa famille ou à ces êtres qui passagèrement croisent sa route. Les différentes histoires narrées ici, émouvantes ou divertissantes, n'ont comme point commun que ces fils que nous tissons, pour un jour ou pour toute une vie, avec d'autres.

Au centre, bien évidemment le couple et l'amour : Dominique, dix ans après sa séparation avec Maria, comprend brutalement en la revoyant ce qui a éloigné de lui celle qu'il n'a jamais pu oublier (Muy guapa) ; une femme écrasée par le chagrin de la perte de son jeune époux dans un accident voit un collègue de bureau prêt à sauter sur l'opportunité de son célibat retrouvé (Pleure) ; une autre cherche dans le blues à oublier celui qui l'a abandonnée (Sur la peau, le blues) ; un professeur de maths, obnubilée par les chiffres, hésite à épouser l'homme de sa vie pour une histoire de carats (Compte rond). Le moins qu'on puisse dire c'est que les relations homme/femme ne sont pas simples...

Mais le lien peut être d'une autre nature et certains événements, ou de simples parenthèses venues bousculer le quotidien, peuvent impacter toute une vie : Raynald, qui appréhende son voyage scolaire à Berlin, voit celui-ci s'inscrire dans l'Histoire (Trois copains) ; une femme lors d'un voyage à Venise, s'aperçoit que c'est la ville qui hante ses rêves depuis toujours et cherche au retour auprès de sa mère à élucider un secret de famille enfoui (Avant Venise) ; un appel de l'hôpital chamboule l'harmonieuse et indéfectible amitié qui unit trois amis d'enfance (Trois inséparables) ; un refus de publication amène un écrivain à dresser l'inventaire de tous les clichés qui ont pris place dans sa vie et à prendre conscience de la dérive normative de sa vie (Souriez, vous êtes clichés) ; Lucas transforme une soirée de réveillon conventionnelle et confite dans l'ennui en parties de Scrabble singulières et enflammées avec la grand-mère de la maison (Réveillon et bikini). Des moments forts émotionnellement, des situations apparemment banales qui dérapent, mettent à nu des précipices ou dessinent des virages révélant des personnages différents de ce qu'ils semblaient être, désarmés ou libérés par les tours que la vie leur joue.

Le drame souvent affleure avec ses comparses au nom de mort, deuil et folie comme chez cette jeune orthophoniste déraisonnablement attachée à sa grand-mère (Carte marine), ce SDF bouleversé par les tartines de pâte au chocolat à tartiner de ce jeune couple d'amoureux croisé dans le métro (Du noisella). La frustration et le manque pouvant conduire jusqu'à la violence et la vengeance comme dans Grand-père ou Savant fou.

Beaucoup de solitude et d'abandon dans tout cela, de doutes et de difficultés à être et à vivre mais derrière les difficultés, les peurs, l'auteur glisse toujours une lueur d'espoir : la femme abandonnée redécouvre la vie en même temps que son nourrisson s'en empare (Je ne t'ai pas donné la vie) ; une prof de maths, qui a un rapport aux chiffres pour le moins obsessionnel et fonde sa vie sur des grilles numériques qui l'enferment, se trouve un jour libérée de la tutelle des chiffres et des comptes ronds par un amoureux malin ; un homme, devenu aveugle depuis peu, est traîné au Musée d'Orsay par sa sœur pour renouer avec l'art à sa manière et là... (Pleure pas).

À travers ses courtes nouvelles, l'auteur, sur fond de souvenirs d'enfance, sur un ton aigre-doux, nous entraîne dans une ronde allègre vue au travers d'un kaléidoscope coloré, variant les points de vue, jouant du passage du premier au second degré, s'appuyant sur des antihéros qui ne laissent jamais indifférent. Chacune de ces histoires est une intrigue portée par un narrateur à la première personne, homme ou femme selon les nouvelles, avec un langage précis et sans fioriture, en phrases courtes et percutantes avec une chute qui souvent nous surprend.

L'auteur prend sa loupe et observe, met le doigt sur les cicatrices, capte les petits bonheurs dans un rayon de lumière, dans un pot-pourri riche, vif, apparemment désinvolte mais profondément humain, avec ce qu'il faut de lumière, d'émotion et d'humour. Un miroir nous est tendu où défilent nos angoisses, nos habitudes, nos petites lâchetés et rancœurs, pour nous plonger au cœur de cette confusion des sentiments qui nous définit. Un recueil très réussi.

Dominique Baillon-Lalande 
(21/01/12)    



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Lectures









Editions Quadrature

120 pages - 15 €





Gaëlle Pingault
est orthophoniste.
Ce recueil est
son deuxième livre.





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de Gaëlle Pingault :
http://gaellepingault.
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du même auteur :


On n'est jamais préparé à ça