Retour à l'accueil du site






Christiane ROLLAND HASLER

La lettre de Chattanika



Trois nouvelles sur l'attente, le départ, le retour. Les lieux y jouent un rôle essentiel. L'eau, l'inondation, les traumatismes humains et ceux liés à la nature interviennent tout au long des récits.

Une très belle construction où l'on se perd parfois dans les méandres des vies pour mieux s'y retrouver et apprécier tout le bonheur de l'architecture et de l'écriture des textes.

Une jeune femme attend son fiancé militaire qui a été pris en otage : "Il y avait si longtemps que les soldats étaient partis, pour une mission de paix qu'ils n'avaient jamais pu entreprendre, tout de suite encerclés, pris en otage dès leur arrivée par des milices qui voulaient on ne savait trop quoi. Au début, la presse avait beaucoup parlé de cet outrage, de cet attentat sans honneur envers le contingent de pacificateurs. Puis les choses avaient traîné. Les nouvelles des jeunes soldats, quand il y en avait, passaient à l'antenne après celles des championnats de foot. Princesse attendait depuis des lustres."
La précarité des vies s'exprime aussi dans la rencontre avec un SDF.

Une femme part à la recherche d'un jeune homme qui fuit son milieu familial. Il a bien des raisons que l'on comprend au fil du récit. De très belles réflexions sur le voyage, sur le rôle des liens familiaux que l'on peut couper, sur le poids des familles : "Ce qui te manque, Émilie, ce qui ruine ton caractère, ma pauvre sœur, c'est le manque d'air, les horizons trop proches et ta vie étriquée. A l'opposé, le goût d'ailleurs ne nous a jamais quittés, Jack et moi. D'où le tenons-nous ? Pas de nos parents. J'ai oublié leurs visages, je ne revois que leurs silhouettes en blouse grise glissant dans le capharnaüm du magasin. Parfois, il me semble les apercevoir encore. Je ne sais pas s'ils sont morts, ni quand, j'ai oublié tout cela, je crois qu'ils se sont désintégrés, délités, qu'ils sont petit à petit tombés en poussière. Leurs blouses sont toujours accrochées à la patère, au pied de l'escalier qui de l'arrière-boutique, monte à l'appartement."

Arriver dans une "maison douce" après un traumatisme ne guérit pas de tout. Voilà ce qui arrive à une photographe qui investit un nouveau lieu avec sa famille : "Les jours suivants, Élise reprit le chemin de la montagne, en quête d'échos, ou de traces. Elle emportait son appareil en bandoulière. Elle trouverait un moyen, elle en était sûre, pour saisir le secret de ce village. Il ne fallait simplement pas le prendre de front, plutôt par ruse."

Les personnages de Christiane Rolland Hasler vivent l'attente mais ils cherchent à s'engager vers un nouveau départ, une nouvelle vie. Il faut du courage et de la persévérance pour cela. Ces moments de vie nous le prouvent.

Une belle lecture qui coule comme un fleuve avec ses périodes de calme et de tourmente.

Brigitte Aubonnet 
(28/06/11)    



Retour
Sommaire
Lectures









Éditions Rhubarbe

104 pages - 10









Christiane Rolland Hasler,
bibliothécaire et collaboratrice de la revue Brèves, est déjà l'auteur de trois recueils de nouvelles parus à L'Atelier du Gué et chez Fayard.