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Philip ROTH

Le rabaissement



Parfois, au cours de l'existence de certaines personnes comblées par la vie, riches de leurs actions passées, puissantes de l'œuvre qu'elles ont accomplie, se brise en elles quelque chose sans qu'aucun événement ne le prévoie, il faudrait plutôt dire que quelque chose s'éteint en elles (les choses qui se brisent peuvent encore se recoller, se colmater). Une petite mort s'opère et elles craignent de passer devant un miroir, de peur de ne plus se reconnaître.

Simon Axler, acteur de renom qui sur scène savait, autrefois, capter et retenir l'attention du public, semble avoir perdu ce talent-là. Il avait perdu sa magie. L'élan n'était plus là. Au théâtre, il n'avait jamais connu l'échec, ce qu'il faisait avait toujours été solide, abouti. Et puis il s'était produit cette chose terrible : il s'était soudain retrouvé incapable de jouer. Monter sur scène était devenu un calvaire. Au lieu d'être certain qu'il allait être extraordinaire, il savait qu'il allait à l'échec.
Cette paralysie de son art, il ne peut l'accepter. Il refuse, malgré les supplications de son agent artistique, de tenter de rejouer James Tyrone dans Le long voyage vers la nuit de O'Neill que monte Le Guthrie, grande scène de Minneapolis. Devant ses refus répétés, l'agent supplie : Il n'est pas un acteur de premier plan qui n'ait pas été en proie au découragement, qui n'ait pas eu le sentiment que sa carrière était terminée et qu'il ne sortirait jamais de la mauvaise passe qu'il traversait. Rien n'y fait. Simon Axler sait pertinemment que l'étincelle divine de son art est plombée et verrouillée définitivement. Il ne remontera plus sur scène !...

Il décide de se retirer. Seul. Sa femme, dans cette série de défaites, l'a également quitté. Il va à présent prendre la route du cimetière des éléphants. Il s'installe dans sa maison située dans la partie rurale de l'état de New-York. Dans le grenier se trouve son fusil de chasse dont il compte bien se servir, un jour où l'étau de sa solitude et de ses regrets aura resserré sa conscience un cran de trop.

Mais un jour… l'amour (l'Amour !), cette petite bestiole aussi attachante qu'une tique, surgit soudain. Cet amour-là a le visage de la fille de ses amis les plus intimes, une fille qu'il a vu naître. Elle a vingt ans de moins que lui. Elle traverse avec douleur, elle aussi, le barrage d'une cassure d'existence. Elle est lesbienne mais oubliera de le demeurer par amour pour lui. Simon, lui, oubliera la présence de son fusil de chasse dans le grenier et se jettera corps et âme dans cette dangereuse liaison.
Adieu scènes new-yorkaises… Adieu vieux fusil… Que le festin d'amour soit royal, qu'il gave nos appétits, qu'il rassasie de bonheur la moindre parcelle de notre peau à présent avide de caresses.

Et alors ?... aurait dit ma fille, impatiente de connaître la fin. Alors ? lui aurais-je répondu, eh bien mon cher enfant, il s'agit d'une histoire d'amour, donc, ils vont la vivre jusqu'à son extrême limite (les histoires d'amour se vivent toujours, toujours jusqu'à leur extrême limite) et je lui aurais tendu le livre pour qu'elle découvre par elle-même, le bout de cette histoire d'amour-là.

Tenez !...

Si Le rabaissement n'est certes pas le meilleur opus de Philip Roth, il est cependant à lire pour les pages merveilleuses sur la chute de Simon Axler, mémorable comédie en fin de parcours.

David Nahmias
(12/11/11)    



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Lectures









Editions Gallimard
128 pages - 13,90


Traduit de l'américain par
Marie-Claire Pasquier





Philip Roth,
né en 1933.
a écrit une trentaine de livres et obtenu une vingtaine de prix littéraires.


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