Lydie SALVAYRE


Petit traité d'éducation lubrique



Les lecteurs de Lydie Salvayre seront peut-être surpris par ce livre à l’écriture plus conventionnelle, mais pas trop, par rapport à sa production connue : des romans à l’ironie narquoise, sachant manier le sous-entendu. Une écriture vivifiante à l’esprit. Ce Petit traité d’éducation lubrique est de facture différente. Ce n’est pas un livre pornographique, disons-le tout de suite. C’est un livre qui traite de lubricité. Comme le fait remarquer dans sa préface Arno Bertina : La lubricité s’accompagne au contraire d’un sourire ou d’un début de sourire, elle en est même la condition parfois. Quand on parle d’un « œil lubrique », c’est pour tenter de dire qu’il est brillant, humide et heureux, assez joueur, égrillard. Lubricité donc, avec quelques pointes d’humour et d’ironie pour rendre ce traité plaisant. On y éclate de rire par moments, mais cela reste très conforme à un traité. Lydie Salvayre commence son texte par cette phrase que l’on doit prendre certainement au premier degré : Contrairement au premier devoir de l'éducation religieuse qui consiste à éviter l'enfer à son prochain, le premier devoir de l'éducation lubrique consiste à l'y précipiter. Et continue un peu plus loin par ce sentencieux : Nous nous appliquerons également à restituer à la chose sexuelle, si tristement confinée au trivial, si bassement réduite au matérialisme par les esprits vulgaires, son obscure, son inquiétante, son incommensurable puissance. Voilà, les choses sont situées, le traité peut commencer.

Le traité comporte douze sections : l’étreinte préliminaire, le baiser, la fellation, le cunnilingus, les préambules, la pédication, la flagellation, les politesses, les coutumes, les symptômes de trouble et les symptômes de tiédeur. Pour chacune des sections, plusieurs possibilités sont données, différentes considérations sont amenées et, si besoin est, des remarques finissent le corps de la section. Prenons comme exemple la section B : le baiser. Voici comment cela débute :
Le baiser représente la deuxième étape après l'étreinte. Et nous ne saurions trop vous conseiller de respecter l'ordre chronologique, quitte à passer pour un réac. Le baiser peut se donner sur les lèvres, les yeux, les oreilles (mais attention, administré aux oreilles il peut déclencher le rire, fort nocif, selon Bergson, à la fornication), sur le cou, le ventre et les cuisses, avec une petite prédilection pour les régions orificielles et périorificielles lesquelles, richement innervées, sont de ce fait excessivement susceptibles.
Puis viennent des considérations sur la moustache et les inconvénients de celle-ci dans le baiser qui se termine par un conseil : pour obtenir un succès d'estime en matière érotique, rasez-vous. Si vous êtes journaliste et moustachu, n’hésitez pas à donner immédiatement votre démission. La section se termine par quelques remarques sur les lieux propices au baiser.

Comme vous pouvez le voir, tout ceci n’a rien de pornographique. Ce Petit traité d’éducation lubrique met en joie et résonne à l’esprit très allègre. Lydie Salvayre sait dérider le propos par des considérations parfois étonnantes, telle que : Quand vous ne pouvez recevoir tel visiteur parce que vous êtes sexuellement occupée, ne faites pas répondre par votre enfant : Maman se fait niquer. La plaisanterie ne serait guère appréciée du facteur.

Ce livre, je le redis est vraiment un plaisir de lecture, l’esprit ragaillardi verse dans des pensées pleines de souvenirs et de charme. Dans notre société, où l’obscène est tant mis en lumière, parler de lubricité fait un bien important. Si vous êtes chagrin lisez un chapitre de ce livre et vous retrouverez goût à la vie et aux plaisirs que nous savons si bien partager avec l’autre, celui que nous nous sommes choisi, momentanément ou pour plus longtemps.

Gilbert Desmée 
(02/11/08)    



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Editions Cadex

72 pages - 12 €






Lydie Salvayre

est née de parents espagnols réfugiés en France en 1939. Elle a vécu entre deux histoires, entre deux langues, entre deux styles. Après des études de Lettres, elle s’est tournée vers la médecine et la psychiatrie. Aujourd’hui, elle mène de front son travail de psychiatre auprès des enfants et son travail d’écrivain. Elle est l’auteur d’une quinzaine de livres traduits dans une vingtaine de pays. Certains ont été repris en poche et adaptés au théâtre et au cinéma.