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Stéphane SERVANT


Souviens-toi de la lune



Des rires ont déchiré la nuit. C’étaient les nôtres. J’étais maintenant seul avec Julee. Nous étions tous les deux enfoncés jusqu’à la taille dans l’eau croupie et la vase. Sa main froide s’agitait sous l’eau, se frayant un chemin jusqu’à mon sexe. C’est alors que j’ai senti la morsure. J’ai hurlé. Un bouillonnement de sang, noir et épais comme du pétrole, est apparu entre mes jambes.

DoAdo Noir, comme nous aimons le ressasser, est une des collections les plus novatrices qui soit. Le problème, est qu’à chaque nouveauté, nous attendons l’exception. Une fois de plus, en cette rentrée, elle est au rendez-vous avec un roman étonnant, entre fantastique "bien de chez nous" et romanesque à la Norman Mailer baignant dans l’encre la plus noire.

Le personnage principal de Souviens-toi de la lune s’appelle Carrefour, un bled mortifère de Louisiane au milieu des bayous. Les habitants sont des marginaux et l’unique avenir possible pour les jeunes qui ne sont pas abrutis par la drogue avant leur majorité, est de travailler pour la raffinerie. Rien d’étonnant que David, lycéen peu motivé par la mécanique, ait envie de fuir cet enfer marécageux et le mobil-home où il vit avec son père handicapé et alcoolique. Sa passion est l’écriture mais il ne s’en vante pas de crainte de passer pour un "freak". En cette fin d’année scolaire, leur prof de lettres invite dans la classe Franck Lebreton, auteur à succès d’un unique roman. C’est pour David l’occasion inespérée de rencontrer cet écrivain qu’il admire et à qui il décide de soumettre ses propres écrits.

De par sa maîtrise, la première partie laisse espérer le grand romancier noir que devrait devenir Stéphane Servant. La suite, qui fait intervenir l’irrationnel au milieu d’une enquête sur la disparition de plusieurs adolescents, se révèle plus décevante. J’aurais bien aimé, avoir jusqu’au bout, cette rigueur dans la description des paysages, les portraits de personnages hors du commun ou les dialogues à la crudité inattendue. Et surtout la capacité à faire naître l’angoisse sans faire appel à des métamorphoses corporelles qui me paraissent plus relever d’un effet de mode que de Kafka. Mais encore une fois, à force d’être confronté au meilleur, on devient difficile.

Le Blog de Stéphane Servant comporte des vidéos musicales, qui forment la "bande-son" du roman.

Patricia Châtel 
(06/10/10)    



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Jeunesse








Editions du Rouergue
Collection doAdo Noir
304 pages – 14 €

A partir de 15 ans




Stéphane Servant,
né en 1975
dans le sud de la France, est l’auteur de plusieurs albums pour enfants. Il a également publié un premier roman très remarqué, Guadalquivir, chez Gallimard (collection Scripto) en 2009.