Anne-Christine TINEL

Tunis, par hasard



Une jeune femme part à Tunis, accompagnée de son enfant, en quête « de la légèreté d’un autre destin » où « se reposer de soi ». Les premières lignes saisissent le lecteur avec le rythme haletant, haché d’une douleur qui coupe le souffle et étrangle, lesté pourtant par une indéfectible volonté de ne pas lâcher prise.

Elle s’installe dans la banlieue nord de Tunis et va à la rencontre des autres, d’une autre façon de vivre. Il y a la queue chez le boulanger, les remarques des mères sur la plage quand il fait du vent ou les légumes du marché à éplucher. Et ce regard que posent les hommes sur une femme qui vit seule, ces codes impitoyables qui régissent les espaces dévolus au masculin ou au féminin…

Entre les choses très simples de tous les jours, s’entremêlent les réminiscences du drame qui la hante sans qu’elle puisse affronter son souvenir, ponctuées par ces dizaines de lettres qu’elle reçoit de France et qu’elle n’ouvre pas...

Le passé affleure dans un présent où la narratrice s’inscrit avec une fine attention au monde qui l’entoure, à ce qui se laisse lire d’une société dans les silences et à l’envers des phrases. Car même si le passé reste chevillé à son corps, c’est l’ailleurs qu’elle sonde et qu’elle découvre dans une plongée menée à la fois dans sa propre histoire et celle des habitants de l’autre pays qu’elle s’est choisi avec la Tunisie. Terrible épreuve que le nettoyage des seiches pour le repas, comme une dissection du cauchemar qui lui vrille le corps…

Elle parviendra quand même au cœur de l’abîme resté logé en elle et descendra aussi dans les profondeurs humides du hammam. Remontée enfin de sa nuit et comme momentanément allégée de soi, la narratrice passe au « tu » pour dire l’histoire de sa voisine.
Un par un, elle démêle les fils d’une tragédie intime et presque muette. Derrière la beauté et la générosité de Farah, elle retrace un destin enfoui dans l’oubli de soi, au nom des autres et de la norme sociale.

Ce premier roman de Anne-Christine Tinel retient et émeut tant par l’écriture que la lucidité du regard porté sur la société tunisienne.

Cécile Oumhani 
(03/03/08)    



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Editions Elyzad
183 pages - 13,90 €



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