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Valérie CLO

Plein soleil


Ce roman n’est pas découpé en parties ou en chapitres mais composé d’une suite de fragments qui se suivent et s’enchaînent au rythme de la pensée et du temps.
Sept heures du matin. Le compte à rebours a commencé. Dans quatre heures exactement, mon père sera mort. J’ai treize mois.

Au fil de cet émouvant et douloureux décompte, la narratrice évoque son père, ce matin-là, le dernier, en détails, et toute sa vie depuis sa naissance en 1943, l’accouchement difficile au cours duquel il a perdu l’usage de son bras doit, son enfance tunisienne, la violence de la fin des années 50 avec les échos de la guerre d’Algérie, le départ vers la France en 1961, les études, son diplôme d’ingénieur en électronique et l’entrée dans l’entreprise comme chef d’équipe. La mort, accidentelle, est, elle aussi, livrée par bribes, dans le déroulement du compte à rebours. Il avait vingt-sept ans.

Il y a aussi, bien sûr, la mère, vingt-quatre ans, esthéticienne, foudroyée par le choc de ce décès brutal mais qui saura protéger sa fille. Je ne sais pas ce que je serais devenue si ma mère avait sombré, si elle n’avait pas regardé du côté de la vie. Si dans chaque situation, elle n’avait pas choisi la plus lumineuse.

Et ce livre, construit autour de la mort du père, est aussi lumineux que son titre. Plein soleil sur cette famille, sur mon père. Plein soleil.

On y rencontre la grand-mère qui emmène la petite Valérie au cinéma et en promenade dans les rues de Paris, le grand-père qui se lève chaque matin aux aurores pour faire des prières, téfilines sur le front et sur les bras. Ce n’est qu’après le décès de ma grand-mère que j’apprendrai à le connaître. Il me racontera la Tunisie et une histoire familiale douloureuse dont il n’avait jamais parlé. Lui, d’habitude si silencieux, deviendra intarissable. Et puis le beau-père, l’homme que sa mère épouse lorsque Valérie a quatre ans et qui les emmène tout de suite dans le Midi. Autre lumière, autre soleil, pour une autre vie.

Après le choc de la mort du père (J’ai grandi autour de ce choc), il y a le rejet (Pendant longtemps, je refuse d’écouter ma mère quand elle me parle de lui. Je me bouche les oreilles. Je ne veux pas d’un père mort. Je veux un père vivant.), la peur (Je n’ose dire à personne que mon père me fait peur. J’ai l’impression qu’il lit en moi, qu’il sait que je ne veux pas de lui comme père.), les questions (Comment aimer ce père dont je ne me souviens pas ? Comment trouver le chemin qui me conduise à cet amour-là ? Et s’il n’était pas mort ? Parfois j’imagine la vie si le chemin ne s’était pas arrêté.) et les angoisses.

Un jour arrive aussi le désir de savoir. Est-ce qu’il m’a laissé un mot, une lettre, quelque chose, un secret caché quelque part ? La narratrice va chercher, fouiller, sortir les objets, lire les documents, regarder les photos…
Je crois que mon envie d'écrire est née à ce moment-là, avec cette crise détective. Il me fallait écrire tout ce qu'il ne m'avait pas écrit lui, tout ce qu'il n'avait pas eu le temps de vivre, les pages blanches de notre histoire avortée. Écrire, répertorier, archiver la moindre expérience, le moindre sentiment, la moindre émotion, pour que rien ne soit jamais oublié. Laisser partout des traces, des photographies de mots, des instantanés de vie.

Ce livre, longuement mûri par des années d’écriture, est construit d’une multitude de réflexions, d’observations, de détails qui lui donnent une force et une vérité fascinantes.
Une fois la lecture terminée, le lecteur reste sous le charme d’une émotion qu’il peut prolonger en lisant ou relisant les premiers romans de l’auteur où ces thèmes (le manque, la peur, l’angoisse, la relation amoureuse, le rejet du père ou du beau-père…) ont été traités par l’humour, la distance, le recours à la fiction, comme autant de chemins détournés menant vers celui-ci. L’écriture n’est pas un travail mort, c’est de la matière vivante.

Serge Cabrol 
(16/01/11)    



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Editions Buchet-Chastel

144 pages - 13 €








Valérie Clo
est lectrice et directrice littéraire dans l'audiovisuel. Plein soleil est son quatrième roman après Papa bis (Pétrelle 2000, Points Seuil 2002), Encore un peu de patience (Pétrelle 2002, J'ai lu 2003) et Amours et cha-cha-cha (Calmann-Lévy 2004)