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Académie française

Dire, ne pas dire
du bon usage de la langue française




« Dire, ne pas dire », c’est une rubrique du site web de l’Académie française (http://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire). La rubrique la plus fréquentée, parce qu’interactive. Les internautes peuvent poser leurs questions sur l’usage du français, exprimer leurs doutes sur telle ou telle expression, et les académiciens répondent. Danièle Sallenave, dans le très joli éditorial de la rubrique en ligne, s’inquiète de la perte de sens des expressions figurées. Le « mouton noir » n’est pas « la bête noire », et le « train des sénateurs » n’est pas « un train de sénateur ». Il est assez réconfortant, à l’ère de la novlangue, que les internautes s’interrogent sur la langue qu’ils utilisent tous les jours, et qu’ils veuillent approfondir telle expression ou être rassurés sur l’emploi du prénom personnel, ou de l’accord des mots composés.
 
L’éditeur Philippe Rey, enthousiasmé par le succès du site, a proposé aux académiciens un prolongement-papier, qui réunit les entrées les plus significatives, ou les plus surprenantes, du site. Sous une couverture carrée, d’un beau vert du plus académique, c’est à une promenade érudite et pédagogique que le lecteur est convié.
 
En guise d’introduction, choisissons le verbe « introduire » au sens de « présenter ». On ne dit pas « Elle l’a introduit à ses parents », mais « elle l’a présenté à ses parents ». Oui, effectivement, il vaut mieux… Les exemples choisis font d’ailleurs la part belle aux anglicismes mal employés, ce qu’en exercice de version un professeur de langue annoterait en marge par une mention de type barbarisme ou anglicisme.  Barbarisme, modisme, solécisme, voilà des mots qui jamais n’apparaissent dans cette publication. Car ce sont des mots de spécialiste. Au contraire ouvert à un très large public, curieux et avide de « bien parler », Dire, ne pas dire offre des définitions, des étymologies et des anecdotes immédiatement accessibles. De quoi apprendre à se corriger sans avoir la sensation de se faire corriger.
 
Chacun, qu’il soit profane ou « professionnel » de la langue, trouve motif à découverte – ou à confirmation. Page 107, à l’entrée « Liaisons », on (re)découvre la différence entre le « cuir » et le « velours ». Cuir : liaison en t à la place d’une liaison en z. Exemple : « il s’est mis(t) au travail ». Velours : c’est l’inverse, z à la place du t. Exemple : « vingt(z) euros ». Ah ! Les z-euros ! Combien sommes-nous à râler quotidiennement, au marché, en écoutant la radio, en regardant la télévision, et à grincer des dents à cause des liaisons mal-t-à-propos ? Quand il est si simple de substituer au mot « euros » le mot « ans ». Il a fêté ses vingt ans, elle a payé cette fanfreluche vingt euros. Ça devrait couler de source, mais non. L’Académie explique ce pataquès quotidien par le fait que la France n’a pas utilisé de devise commençant par une voyelle depuis 1793, date où l’écu a cassé sa pipe. Le franc, le napoléon, le louis, le sou, ne posaient pas autant de problèmes…
 
On s’émerveillera des règles du pluriel des appositions grâce à l’exemple « Les danseuses étoiles regardent des films culte », et l’on sourira aux contre-exemples proposés pour les mots « lisible » et « lisibilité » : on ne dit pas « un programme qui manque de lisibilité » mais « un programme qui manque de clarté » ; de même que l’on ne dit pas « une politique qui n’est pas visible » mais « une politique qui n’est pas intelligible ». On sera ému à l’entrée « Flyer » – mot auquel on préfèrera, désormais, l’expression « feuille volante » – après avoir lu la touchante évocation des imprimeurs grecs formés par Firmin Didot au XIXe siècle. On réfléchira à partir de l’évidence grammaticale – qui n’est pas l’évidence sociologique – qui fait du genre féminin le genre de la discrimination. Et l’on découvrira bien des choses encore, ou l’on sera conforté dans le bon usage que l’on fait de sa langue.
 
La règle, la norme, et l’ouverture accueillante. Laissons le dernier mot à Dominique Fernandez, qui signe la postface : « La langue française restera la plus belle du monde à condition qu’on n’en fasse pas le réceptacle de toutes les fantaisies périssables, si attrayantes soient-elles, mais aussi qu’on ne l’embaume pas comme une momie ».  

Christine Bini 
(22/09/14)    
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Philippe Rey

(Septembre 2014)
192 pages - 12



Préface
d’Yves Pouliquen


Postface
de Dominique Fernandez