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Metin ARDITI


L’enfant qui mesurait le monde


Ce livre agit sur nous comme une méditation : qu’est-ce qui est vraiment important dans l’existence ?  Quelle place faut-il accorder à la beauté ? Metin Arditi touche à des sujets graves mais il les aborde avec une infinie délicatesse et beaucoup de poésie.

Comme dans ses autres romans, le contexte historique et sociologique est présent, ici la Grèce en crise qui subit le mépris de l’Europe. « ...Parce qu’aux yeux des gens de Bruxelles, nous sommes des crapules. Ils ne le disent pas comme ça. Ils sont bien élevés. Mais s’ils le pouvaient, ils nous passeraient les menottes. » « Nous avons reçu du Bon Dieu le plus beau  pays du monde et nous lui avons pissé dessus. Voilà la vérité. Quand tu te comportes de la sorte, tu n’as plus ta dignité et les gens te traitent en conséquence. »

Mais les personnages du roman semblent évoluer dans une Grèce éternelle ; Eliot se passionne pour ses théâtres antiques ; Maraki gagne sa vie en pratiquant la pêche traditionnelle à la palangre. Son fils Yannis se concentre sur des chiffres qu’il mesure et compare : nous n’en comprendrons la logique que plus tard.

Eliot, architecte américain d’origine grecque, poursuit l’étude entreprise par sa fille, que son décès accidentel a interrompue brutalement. Autant pour apaiser  sa douleur, que pour se retrouver en communion avec elle. Temples, théâtres, sculptures, il parcourt le pays : « De Delphes à Olympie, d’Athènes à Cythère, d’Egine à Thassos et à Rhodes… il arpenta la Grèce entière à la recherche du nombre d’Or. »

Eliot sait apaiser Yannis, il comprend qu’il faut respecter ses rituels. Il lui raconte l’histoire des Dieux, il l’initie aux mythes grecs. Grâce à Eliot, Yannis pourra apprendre à lire et à écrire et épanouir son intelligence.

Quand le projet démesuré du Périclès Palace déboule, beaucoup sont tentés par cette promesse de prospérité facile. Pourtant certains journalistes osent révéler les dessous de l’affaire et indirectement grâce à Yannis, le projet va évoluer vers des valeurs plus respectueuses de l’île.

À travers les portraits de ses personnages, on ressent que Metin Arditi  sait observer les gens du peuple et les aimer. Il peut aussi être caustique quand il décrit les relations perverses entre la presse et le pouvoir ou entre un maire et son village. Mais il nous donne l’espoir d’un monde meilleur, où l’harmonie retrouvée apaise l’enfant autiste dont la souffrance était le symptôme de la dysharmonie. Où des miracles peuvent se dérouler sous nos yeux sans que nous en ayons conscience.

Nadine Dutier 
(03/10/16)    



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Lectures




Grasset

(Août 2016)
304 pages - 19




Metin Arditi,
né en 1945 à Ankara, auteur suisse d'origine turque, a déjà écrit une quinzaine d'ouvrages (essais, récits, romans).


Bio-bibliographie sur
Wikipédia




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