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Suzanne AZMAYESH


Meurtre Sciences Po



Une étudiante de la célèbre école, décide avant les examens, d’organiser une soirée. Nadège a une idée derrière la tête : reconquérir son ex petit ami qui l’a quittée pour une jeune Américaine riche et charmante. La réception se passera chez son amie Ingrid.
    -Tu as besoin de moi pour l’organisation ? demanda Nadège en finissant de se maquiller les yeux. [….]
- C’est un peu tard pour proposer de l’aide, répondit Astrid à l’autre bout du fil. Tout est quasiment prêt. J’espère que vous ne serez pas déçus.

Le ton est banal. Cette simplicité dans les propos, les discussions entre ces jeunes gens assez superficielles au début du roman, indiquent une sorte de décor qui se met en place lentement. Progressivement vont s’ajouter des détails qui pourront par la suite donner du caractère, voire du sens à l’ensemble.

La soirée se déroule donc, et un jeu de cache-cache est proposé. Trois personnes se cachent et les trois autres les cherchent.
Il était 23 h 05 et aucun des cachés n’avait été retrouvé. [….]
Arrivé dans la cuisine, Séraphin alluma la lumière et ne vit personne. Pourtant, il savait qu’il y avait quelqu’un. Il fut pris d’un rire nerveux.
– Ce jeu est d’une nullité absolue dit-il tout haut.
C’est à ce moment-là qu’il vit le cadavre.
C’était Nadège, contre le frigo.

Un crime en lieu clos. Cinq coupables possibles : Astrid, Arthur, Basile, Ingrid, Séraphin.

La police intervient alors avec un commissaire dont on va voir se dessiner la personnalité au fil de l’enquête. Et deviner qu’il va se montrer plus subtil qu’il ne l’affiche en premier lieu. Un commissaire solitaire, un peu mystérieux, qui travaille seul, Maximilien Zérangue. Il va devoir affronter les attentes de cette institution bouleversée : Découvrir que Nadège avait été assassinée chez sa meilleure amie était un évènement aussi important que les affectations de la troisième année à l’étranger.

Les divers responsables de cette institution se confrontent, le directeur Robin Duval s’affole : Mais ce crime était d’une nature différente qui laissait perplexe. Il fallait réagir, mais comment ? Il s’agissait d’un crime consanguin : des sciences-pistes tuant d’autres sciences-pistes. Il ne pouvait rien arriver de pire. Cet assassinat signifiait que l’école sélectionnait des fous meurtriers, que l’élite de la nation était assoiffée de sang et mentalement déséquilibrée. […] Ces derniers temps, les médias prenaient trop de liberté. Ils se permettaient de critiquer sa direction de l’école, et remettaient en cause la politique d’ouverture et la démocratisation de Sciences Po. 

Mais sans se préoccuper des pressions ou des médias, le commissaire va suivre, à son rythme  plusieurs chemins. Il va explorer les histoires de chacun, chercher à dépister les secrets des uns, les ambitions des autres, ou approfondir l’origine des antagonismes qui peuvent motiver un passage à l’acte. Il retient un indice, ou un autre, en nous laissant nous interroger : cette porte restée entr’ouverte le soir du meurtre... Y aurait-il un autre suspect ?

Tout cela distillé tranquillement et agrémenté çà et là de quelques réflexions sérieuses nuancées de pointes d’humour. Certains personnages sont à peine esquissés, d’autres plus approfondis avec leur psychologie davantage élaborée. Sans que l’on en comprenne toujours la raison. Mais cela doit faire partie du suspense.

Jusqu’à ce que notre commissaire réunisse les protagonistes et nous indique le coupable. Il me semble nécessaire que chacun d’entre vous soit informé des étapes ayant conduit à mon jugement. De cette façon vous aurez connaissance des soupçons qui ont pesé sur vous tous, autant que vous êtes.

Ce huis clos, tout en faisant un clin d’œil à une célèbre romancière anglaise du siècle dernier, nous ramène bien à notre époque et aux préoccupations d’une certaine jeunesse. Et celle de l’auteure nous en convaincrait si besoin.
Le ton est clair, en apparence léger, mais nous conduit habilement à un dénouement inattendu…
Un premier roman très réussi.

Anne-Marie Boisson 
(04/09/14)    



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L'Âge d'Homme

(Septembre 2014)
186 pages - 15










Suzanne Azmayesh,
parisienne d’origine iranienne, a vingt-trois ans. Ancienne élève de l’IEP de Paris, elle vient d’obtenir le barreau. Meurtre à Sciences Po est son premier roman.