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Jacques BABLON


Rouge écarlate



« Joseph Salkov est moins vif qu'avant, mais il bande encore dru. Au réveil. Mais c'est surtout le soir qu'on baise. Pas comme son envie de tuer qui se pointe sans prévenir. Cette nuit, il a flingué Elvis. Du sang sur les mains. En rêve. Le King est mort. En vrai, il ferait bien la peau à qui ? » Ça commence sec avec le personnage de Joseph – complètement ouf, aussi loufoque que Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire – qui ne rêve que de tuer Rosy Gulbis, sa voisine et maîtresse.

Une dizaine de pages plus loin ça recommence aussi brutalement avec sa fille, l’ex plus belle fille du lycée, Salma Salkov, et ce à cause d'une simple fraise : « Elle pioche dans le sac, prend une fraise, la porta sa bouche qu'elle ouvre juste ce qu'il faut pour qu’y pénètre le fruit, a conscience de ce que le geste à d’érotique, évite en conséquence de croiser le regard du mec. » Mais c'est trop tard, une randonnée mortelle débute rythmée par la Traviata chantée par la Callas.

Ça commence sec avec le mari de Rosy, Marcus Gulbis, qui sous couverture de comptable mène des activités prohibées, qui n'est pas au courant de la liaison de sa femme selon le rapport que l'on fait à l'inspecteur Schifano : « – Mari jaloux ? – Ne semble pas au courant, le seul dans le quartier. »

Et puis au milieu de ce monde de dingues, il y a Angelo, qui est un drôle d'ange, qui est fasciné par le réel : « Angelo n'a pas quatre ans quand il remarque que les mouches se  nettoient les ailes avec les pattes de derrière, les yeux avec celles de devant et que la paire centrale assure la stabilité en restant au sol pendant chaque opération. » Angelo qui ne connaît que ce qu'il peut observer, à ce propos il ne faut pas louper les cours d'imagination dispensés par sa mère Rosy.

Nous ne savons pas où nous sommes, les noms propres ne donnent aucune indication. Nous sommes quelque part où il y a un étranger « un journal écrit dans une langue parlée ailleurs », nous sommes dans un endroit où il y a au moins un champ de fraise et en bord de mer avec ses mouettes, nous sommes dans le règne animal aussi cruel que ce monde de dingues : « Le calme est revenu dans le bosquet, plus de bruits de moteur, plus de lumières bleues intermittentes, les deux souris sortent du tas de bois, partent en exploration, plongent dans un terrier de lièvre désert depuis l'automne, échappent de peu à une couleuvre lovée au fond et se font prendre à la sortie dans les serres d’une buse qui leur brise le crâne à coups de bec. » Ou encore : « Zone des dunes avant la plage. Un molosse se rue sur l'entrée d'un terrier, y fourre la gueule jusqu'aux yeux, souffle par les naseaux, insiste malgré le collier qui lui scie la gorge et les injonctions de son maître à laisser tomber l'affaire. Au fond du terrier, la lapine, morte de trouille, bouffe ses petits. » Règne animal qui est omniprésent dans le récit.

Nous sommes dans une histoire haletante où le paragraphe court un cent mètres en anaérobie. Il est bref et a souvent recours à la phase nominale : « Il parle longtemps. Tendresse. Picole. » Où les paragraphes sont montés en parallèle : on passe rapidement d'une scène à une autre. C'est un roman qui se joue des codes du polar, « Joseph revoit des scènes de films où des mecs échangent des trucs contre des valises pleines de fric, ça canarde, les bagnoles repartent sur les chapeaux en laissant des gus le nez dans la poussière. Rien ne dit qu'il y a des fois où ça se fait dans le calme », pour mieux réinvestir ses codes.

Un beau roman, sérieux et comique, où particulièrement l'amateur de polar y trouvera son plaisir.

Michel Lansade 
(01/07/16)    



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Noir & polar









Éditions Jigal
(Février 2016)
192 pages - 17,50










Jacques Bablon,

né à Paris en 1946, décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan avant d’opter pour la peinture. Il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués et, parallèlement, publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts
et longs métrages.
Rouge écarlate est
son deuxième roman.



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le précédent roman
de Jacques Bablon :
Trait bleu