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François BÉGAUDEAU


Molécules


Les machines sont-elles des personnes ou les personnes des machines ? Le dernier roman de François Bégaudeau pose la question à travers des personnages aux cerveaux dérangés, vengeurs, tueurs. Ou normaux ? Car après tout, qui est normal et qui ne l’est pas ? Où se situe la limite entre un cerveau qui fonctionne et un qui dysfonctionne – dysfonctionnerait ? Le cerveau de celui qui plante un morceau de verre dans la terre en attendant qu’il devienne un arbre – un verrier – est-il plus fou que celui de l’homme qui tue une femme aimée parce qu’elle refuse son amour ? Est-il plus fou que ceux des juges et des jurés qui rendront l’assassin irresponsable de ses actes ? Plus fou que celui de la fille de la défunte, lequel criera vengeance ? Qui dirige quoi ? Le cerveau, cette machine, qu’en connaissons-nous ?

On referme le livre avec ces questions en tête. Mais que l’on ne se méprenne pas, Molécules n’est pas un essai sur les neurosciences (comme celui que le criminel tentera de lire, cherchant par là à déchiffrer son acte). Molécules est un roman. Un vrai. Un roman jubilatoire. Aussi bien pour son style toujours porté haut, toujours juste et vif, que pour son humour et sa construction.

Tout démarre en polar pour se transformer en fiction plus intime où le narrateur apparaîtra en chair et en os le temps d’un chapitre. Chapitre essentiel au demeurant puisqu’il nous conduira au sources mêmes du livre. Sources réelles ? C’est probable mais sans réelle importance. Ne comptent que l’intelligence du propos et le brio des échanges entre personnages, surtout dans la partie « polar ».

La clarté complexe (l’oxymore est de rigueur pour un roman où la langue aime tant s’amuser) de ces personnages fait de Molécules un roman captivant. On l’ouvre, on s’y plonge et on ne le lâche qu’à la dernière page, regrettant qu’il n’y en ait pas d’autres. D’autant que la fin est déconcertante, imprévisible. Oui, on en voudrait encore. On voudrait tout et mieux comprendre mais le faut-il ? Ce serait un peu comme vouloir savoir où vont les personnages lorsque l’auteur arrête de les faire jouer. Ou comme vouloir savoir ce que deviennent les corps quand ils disparaissent aux yeux des vivants.

Tout de même, une vie parallèle existe peut-être. Entre rêve et réalité, normalité et anormalité. Serait-ce là que les sentiments peuvent trouver leur place ? Là que se situe le calme, la paix des cerveaux ? Molécules semble poser cette énième question. Et on lui en est reconnaissant puisque le monde ne semble plus s’interroger de lui-même. Le monde du XXème siècle en tout cas. Autre particularité du roman en effet, il se situe à l’ère du franc et du disco. À une époque révolue donc. Est-ce à dire que tout va mieux ? Nos molécules auraient-elles changé ? À chacun d’y répondre en savourant ce roman régénérant.

Isabelle Rossignol 
(05/09/16)    



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Verticales

(Août 2016)
256pages - 19,50








François Bégaudeau
né en Vendée en 1971, romancier, essayiste et critique littéraire, a obtenu le Prix France Culture-Télérama pour Entre les murs, roman adapté ensuite au cinéma (Palme d’or au Festival de Cannes et César de la meilleure adaptation).

Bio-bibliographie sur
Wikipédia


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