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BEYROUK


Le tambour des larmes



Le roman nous plonge dans le désert mauritanien en alternance avec la vie dans les villes d’Atar et de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. Rayhana est une jeune fille qui vit dans le désert saharien dans le campement de la tribu des Oulad Mahmoud qui sont attachés à l’histoire de leur lignée, à leurs traditions, à leurs codes très précis. La vie est très organisée dans le campement lorsque des étrangers viennent s’installer non loin. Ce sont des « Blancs » qui viennent pour le travail, qui font du bruit, ne demandent rien à personne et font ce qu’ils ont décidé « eux » sans tenir compte des autochtones. Ils viennent chercher de l’or ou du pétrole. « Dès leur venue, ils nous volaient quelque chose d’essentiel, sans que nous nous sentions en droit de protester. » Les membres de la tribu sont irrités par ce fonctionnement très méprisant de leurs nouveaux voisins.

Yahya, un jeune homme qui fait partie de ce groupe d’étrangers, va venir un soir sur le campement. Il fait partie d’une tribu proche des Oulad Mahmoud et va séduire Rayhana. De cette idylle clandestine naîtra un garçon. Une telle honte, un enfant hors mariage, est inacceptable. La mère de Rayhana ne le supportera pas, elle qui a été abandonnée par son mari, quelques années auparavant pour des raisons de lutte de pouvoir entre son frère et son mari.

Rayhana est une jeune fille très volontaire qui quittera le campement, en emportant le tambour sacré de la tribu, pour aller chercher son fils qui lui a été retiré par sa mère pour que personne ne soit au courant de son déshonneur. La condition des femmes apparaît au fil du texte. Rayhana cassera cette soumission qui oblige les femmes à accepter leur soirée de noce, souvent un viol, à tout faire pour que la honte n’apparaissent pas aux yeux de la tribu, à ne pas vivre leur vie pour respecter les lois de la tribu. 

Les esclaves affranchis ont aussi bien du mal à exister :
Mbarka ! Comment était-elle partie ? Personne au campement ne le savait. Moi, j'étais au courant, parce qu'elle me disait tout. Elle m'avait pris la main un soir et l'avait embrassée. Je m'étais étonnée du geste.
« – Je t'aime beaucoup ma petite maîtresse, m'avait-elle dit.
– Mbarka, tu sais bien : je suis ton amie. C'est ma mère qui est ta maîtresse et, en fait, la mienne.
– Rayhana, as-tu idée de ce qu'endurent les esclaves marrons ?
– Ici ou dans l'au-delà ?
– Ici et dans l'au-delà.
– Avant, on leur coupait les jarrets et on leur enveloppait aussi parfois l'arrière-train dans une peau de bête bien cousue, ainsi ils ne pouvaient plus marcher, et on leur arrachait souvent une oreille ou un membre si on ne les vendait pas. C'est ce que dit ma mère. Aujourd'hui, on les poursuit parfois et on les ramène, mais le plus souvent on les laisse partir ; et là où ils vont, ils crèvent de faim parce qu'ils n'ont plus quelqu'un pour les entretenir et qu'ils sont bêtes et ignorants, et puis dans l'au-delà ils connaîtront aussi l'enfer parce que, comme le dit encore ma mère, le paradis de l'esclave est sous les pieds de son maître. »

Les chapitres entrecroisent le présent et le passé et comme un puzzle nous reconstruisons la chronologie du récit et découvrons peu à peu ce qui s’est passé. Le suspense est maintenu tout au long du roman qui donne beaucoup d’informations sur la vie nomade, sur les rites et les traditions très contraignantes ainsi que sur le fonctionnement des Mauritaniens qui ont rejoint les villes et ont complètement modifié leur comportement.

Le rôle de la religion, des croyances, des traditions qui enferment les humains en les empêchant de vivre les bonheurs de la vie est très bien décrit. La fiction permet ainsi de soulever de nombreux questionnements philosophiques que nous partageons avec le personnage de Rayhana qui est une très belle personne.

La structure et l’écriture du roman révèlent pour notre plus grand plaisir un monde où nous voyageons dans le désert, dans des villes mauritaniennes et dans différents fonctionnements humains riches de contradictions grâce à des personnages qui ont chacun leur parcours.

Brigitte Aubonnet 
(04/02/16)    



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Elyzad

(Septembre 2015)
240 pages - 18,90








Beyrouk,
né en 1957 à Atar dans le Nord mauritanien, a étudié le droit avant de choisir le métier de journaliste.
En 1988, il a créé le premier journal indépendant de son pays et se bat pour la liberté de presse et d’opinion. Romancier et nouvelliste, il signe ici son quatrième livre.