Retour l'accueil du site






Julia BILLET


Tu



Une adolescente vit seule avec son père alcoolique. Elle se rappelle certains souvenirs agréables. Ils chantaient ensemble en voiture. Il était serviable avec tout le monde, il ne se mettait jamais en colère. Il avait un frère plus jeune qu'il a toujours cherché à protéger :
"Aucun photographe pour leur demander cette pose. Non, il le regarde, il le tient. Il le protège.
Tu te dis qu'il ne t'a jamais regardée comme cela. Quand il te regarde, il te donne toujours l'impression de t'appeler à l'aide.
Tu aimerais qu'un jour il te regarde comme il a regardé son jeune frère.
Qu'il te protège.
"

Il aime aussi beaucoup lire comme sa fille et ils allaient ensemble à la bibliothèque. Il a essayé d'arrêter de boire et a même fait une cure de désintoxication mais un drame dans sa vie va continuer à l'empoisonner.

Elle, est toujours très dure avec son père et se le reproche sans cesse mais elle n'arrive pas à être autrement. Elle hait son père malgré l'amour qu'elle lui a porté lorsqu'elle était enfant. Elle se libère en se parlant à elle-même pour lui exprimer toute l'ambiguïté de ses sentiments, de l'amour qu'elle lui porte ainsi que de la pitié, du dégoût, de la haine. Il est pourtant gentil rongé par le malheur qu'il engloutit dans l'alcool :
"Jamais il ne s'est mis en colère contre toi.
Même quand tu es odieuse. Même quand tu ne lui réponds plus.
Il pleure quand il n'en peut plus. Mais il ne se fâche pas. Et c'est terrible pour toi. Cette absence de colère, c'est ce que tu crains le plus.
"

Se parler à elle-même en utilisant le "tu" est comme une distance que la narratrice crée avec elle-même qui n'arrive pas à trouver sa place à côté de son père qui se craquelle. Elle n'a pas encore libéré son "je" pour exister vraiment par elle-même : "Tu voudrais écrire, toi aussi, des livres. Peut-être que lui aussi. Il aime tellement écrire, des livres, des petits mots, des mots doux aussi."

Leur passion commune leur permet de se retrouver dans le silence apaisant de la lecture car ils ne savent pas se parler. Elle le respecte car il connait l'argot, la "langue du peuple" mais il sait aussi choisir ses mots pour parler aux professeurs : "Il sait cela."
Ils sont accrochés l'un à l'autre comme deux coquillages et si elle voulait vivre il faudrait qu'elle parte.
C'est un magnifique texte, très fort, très dur et très poignant sur cette impossibilité de quitter un parent malheureux au détriment de sa propre existence. C'est aussi une exploration dans la vie d'un père, de ses rapports avec ses propres parents, avec ses collègues de travail, avec ses amis, avec le rapport à la mort et au plaisir. Une exploration qui décortique la complexité d'un être humain avec une écriture qui nous transporte par son authenticité et sa rigueur.

Brigitte Aubonnet 
(30/07/13)    



Retour
Sommaire
Lectures









Rhubarbe

154 pages - 14





Julia Billet,
née en 1962, romancière, nouvelliste et poète, a écrit une quinzaine de livres pour la jeunesse et les adultes.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia




Découvrir sur notre site
d'autres livres
du même auteur :

Petites histoires
de quartiers


Une bonne nouvelle