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Sara BLÆDEL


Les filles oubliées



« C’était la deuxième semaine de Louise en qualité de directeur technique de l’agence des enquêtes spéciales, une unité qui venait de se créer au sein du département. Chaque année, entre mille six cents et mille sept cents personnes étaient portées disparues au Danemark. […] un cas sur cinq de disparitions non élucidées était d’origine criminelle. »

Le corps d’une femme venait d’être découvert dans les bois. Aucune disparition n’avait été signalée. Elle n’avait donc pas pu être encore identifiée. Cette enquête confiée à Louise Rick dans sa nouvelle fonction promettait d’être difficile.

D’autant que les premiers moments avec son partenaire Eik Nordstrom pourraient s’avérer compliqués. En effet, ils révèlent apparemment des pratiques et des sensibilités opposées, et des façons de travailler sans doute différentes. Le portrait de cette jeune femme flic, avec enfant, se précisera au fil des chapitres, certains éléments de sa vie privée et de son caractère vont nous la rendre sympathique. Même si Louise, sur la réserve, ne veut donner que peu d’éléments pour satisfaire la curiosité de son co-équipier : « Mes parents et moi nous sommes installés ici l’été précédent mon entrée en cinquième. Et j’avais vingt ans quand je suis partie. »

En allant près du lieu où le cadavre de la première femme avait été trouvé, ils découvrent au bord de l’eau une autre jeune femme morte. Elle  semble avoir été maltraitée mais elle sera identifiée rapidement. L’équipe locale prendra l’affaire en charge mais la coïncidence des dates et des lieux va interroger les deux équipes qui vont décider de coopérer.

En réponse à un appel lancé à témoins – la première victime portait une cicatrice très caractéristique sur le visage – une vieille femme se fait connaître, révélant  que cette cicatrice lui rappelle celle d’une petite fille qu’elle avait connue dans l’institution pour "arriérés mentaux" où elle travaillait alors : « Eliselund ». Il s’agirait d’une certaine Lisemette entrée vers 1965. Les parents abandonnaient ces enfants, de leur plein gré, ou parce que « l’on conseillait de ne pas venir parce que les enfants devenaient agités et anxieux quand leur mère et leur père s’en allaient. Au final, mieux valait pour tout le monde qu’il n’y ait pas de contact » affirma cette ancienne aide-soignante.

Les recherches se poursuivent et les enquêteurs découvrent qu’en réalité, Lise, avait une sœur jumelle, Mette. Or, ils s’aperçoivent également que l’institution en question les avait déclarées toutes les deux, décédées à l’âge de six ans !

Louise, opiniâtre, retrouve leur père, et le tandem va essayer, avec lui, de comprendre ce qui a pu arriver à ces « filles oubliées », où elles ont vécu pendant toutes ces années, et si l’autre jumelle peut être encore en vie… Repérer les responsabilités de l’établissement à cette époque va conduire l’enquête vers des secrets que la nouvelle institution semble vouloir continuer à dissimuler farouchement !

Louise et Eik vont également explorer d’autres pistes, et notamment celle qui concerne des viols et crimes non résolus à ce jour et qui remonteraient à plusieurs années. « Toutes les agressions commises à cette époque l’ont été dans cette partie de la forêt dit Eik. »
Ces pistes vont-elles se croiser ?

Ce roman fonctionne très bien avec :
Un prologue censé nous donner un indice, mais lequel ?
Des chapitres qui se succèdent vers l’approche d’une vérité, mais laquelle ?
Des personnages principaux qui s’apprivoisent et qui nous surprennent, nous donnant envie de mieux les connaître, de les comprendre avec leur part de mystère « C’est à peine si elle regarda avant de traverser la grand-rue. Depuis son départ, elle l’avait toujours évité chaque fois qu’elle venait rendre visite à ses parents. La peur de croiser un visage connu la hantait, même après plus de vingt ans. »
D’éventuelles incidences sur la poursuite des investigations ? Mais lesquelles ?
Une ambiance jamais apaisée, où le lecteur a de plus en plus envie de découvrir le ou les coupables, ainsi que les sous-couches de ce drame.

Alors que le rythme du roman, lorsqu’il devient irrégulier, sert précisément l’évolution de l’enquête pour retenir le souffle du lecteur… Avec cette écriture directe et souple. Où les justes doses d’inquiétude, de curiosité et de jubilation nous donnent ce plaisir de lecture.
Que demander de plus ?

Anne-Marie Boisson 
(08/12/15)    



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Noir & polar









Terra Nova

(Novembre 2015)
320 pages - 21










Sara Blædel,
née à Copenhague en 1964, auteur d’une série de romans mettant en scène l’enquêtrice Louise Rick, a été élue meilleure romancière du Danemark quatre fois de suite. Ses livres ont paru dans une vingtaine de pays.