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Alain BONNAND

La Grammairienne et la Petite Sorcière



L’art et la manière de séduire une femme en lui promettant la lecture de textes écrits pour une autre, bien des années plus tôt.
Roman épistolaire du XXIe siècle, ce ne sont plus des lettres qu’on échange mais des messages par internet.
La première partie du livre, La grammairienne, nous donne à lire les courriels envoyés par l’écrivain. Adeline, une enseignante-chercheuse propose à cet auteur d’étudier son œuvre dans le cadre d’un essai. Il faut dire que certains amateurs de comparaisons ont cité à son égard Nimier, Morand, Blondin, Chardonne...  Flatté par la demande mais peu enthousiaste, au début, il tente de la renvoyer vers un auteur plus jeune. « Sa collaboration vous irait mieux que la mienne. Est-ce que je peux vous adresser à lui ? »
Mais elle insiste, envoie sa photo, et les voilà, peu à peu, embarqués dans une correspondance…

Les messages d’Adeline ne sont pas transcrits, on les devine en creux, dans les réponses de l’écrivain. Il évoque donc son parcours d’écriture et notamment cette interruption entre 1990 et 2003, suite à sa rencontre avec Sylvie, quand il n’écrivait plus que pour elle. « Eh oui, j'aurai beaucoup commis pour cette jeune femme. Elle me captivait : du timide et du sorcier en elle. Je la couvrais de mots, c'était prudent. Deux saisons, printemps et automne, à confondre l'amour et la haute couture. »
Il évoque ses lectures et ses aspirations littéraires : « C'est un drame. Il y a un gros malentendu autour de moi : la semaine dernière encore, j'ai désolé toute une petite assemblée en avouant que le grand livre que je voulais écrire, c'est quelque chose comme La Place, d'Annie Ernaux ! »

Mais la littérature n’est pas tout dans la vie. Le sexe a son importance et il ne se prive pas d’évoquer le sujet avec sa correspondante. Une rencontre ? A Laon, à Paris, à Reims ? Un restaurant, une balade, une nuit à l’hôtel ?
Dans une vieille malle, il a retrouvé des textes écrits pour Sylvie et jamais publiés. Elle aimerait les lire. Soit. Où ? Quand ?

La deuxième partie du livre, ce sont donc ces textes écrits pour sa Petite Sorcière et restés inédits jusque-là. On y trouve le récit d’une fin d’après-midi où il se rendait avec Sylvie et des amis à un cocktail dans un hôtel parisien pour la sortie du deuxième numéro d’une revue. C’était l’époque où les éditeurs s’arrachaient les textes de l’auteur, lui demandaient de bien fouiller au fond de ses tiroirs pour voir s’il n’y restait pas quelques feuillets, où l’argent coulait à flot. « Je me fiche bien de l'argent, c'est un souci. Par exemple, je ne pouvais pas mettre un pied dans une maison d'édition sans qu'aussitôt on ne m'en proposât beaucoup. »

Ailleurs, il lui parle de sa fleuriste, Capucine, qui aimerait qu’on lui offre des fleurs et qui s’étonne de l’importance de ses commandes : « Si elle savait que ces bouquets sont à proportion de ce que j'ai à me faire pardonner, elle penserait autrement ! »
Ou encore d’ « un jeune ami lecteur, candidat écrivain » qu’il va essayer de détourner de cette idée d’écrire pour lui conseiller de « vivre d’abord ».
Les derniers textes témoignent surtout des émotions qu’il ressentait en la regardant. Prose, notes dans un calepin, poésie, l’écriture s’adapte à l’état d’esprit pour évoquer cette étrange Petite  Sorcière, « allumeuse de sentiments de première qualité », qui a eu le pouvoir de susciter tant de belles pages.

Ce livre donne envie de se replonger dans Je vous adore si vous voulez, publié en 2003 et déjà consacré à cette Petite Sorcière. Sylvie a suscité de très beaux textes, Adeline a su convaincre l’auteur de les exhumer de la vieille malle, les femmes ont décidément sur cet écrivain des pouvoirs très bénéfiques pour le lecteur, qu’elles en soient remerciées...

Serge Cabrol 
(15/05/15)   



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Lectures








Serge Safran

(Mai 2015)
144 pages - 15,90













Alain Bonnand,
né en 1958, a déjà publié une dizaine de livres.



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