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Jacques-Olivier BOSCO


Quand les anges tombent



« On eut l’impression que la tempête allait rabattre son corps frêle contre la  façade mais la vitesse de la chute fut explosive. L’impact claqua comme un coup de feu. »

Quand les anges tombent il arrive qu’il y ait quelquefois une justice et que leurs chutes entraînent celles des salops, des ripoux, des assassins qui ont saccagé leur vie. C’est cette petite lueur d’espérance qui nous accompagne dans cette dégringolade en enfer.  Dès les premières pages, le lecteur tombe, lui aussi, happé par le récit vécu de l’intérieur d’un crash d’avion dans la campagne glacée de Lorraine, dans la spirale infernale que va créer cet accident. Comme les parents des enfants kidnappés,  il est emmené  jusqu’au fond de la crevasse des Crocs du Diable d’où le mal est parti !

Dès les premières pages on veut débrouiller cet imbroglio  de faits et de personnages qui semblent n’avoir aucun lien entre eux. Dans un défilé implacable, chaque chapitre portant le nom d’un des protagonistes de cette histoire,  à toute allure, il n’y a pas de temps à perdre, c’est une question de vie et de mort, des enfants sont  enlevés, « JOB » nous entraîne sur la piste d’un truand accusé du meurtre de huit enfants et qui pour clamer son innocence enlève les enfants de ceux qu’il considère comme responsable de son incarcération à vie.

Tout en flirtant ouvertement avec les codes du polar (bandit corse au grand cœur, avocate amoureuse de son client, flic démoli par le chagrin, responsables hauts placés pourris jusqu’à la moelle, témoin soudoyé bourré d’alcool et de remords), tout  en rendant hommage aux plus grandes figures du genre en mettant en scène un improbable ancien flic, détective privé à ses heures et répondant au célèbre patronyme de Burma (mais René, René Burma, cherchez l’erreur…).

« De Paris, Burma rejoignit Juvisy et son petit pavillon de banlieue… Un gros chat gris vint s’enrouler autour de ses jambes, alors qu’après avoir posé sa gabardine, il se dirigeait vers le frigo afin d’en sortir une boîte de « Fric-Frac pour Cat » qu’il déversa dans la gamelle de Winston, son vieux matou… Il fuma quelques bouffées de pipe dans son fauteuil en cuir usé en caressant Winston. Parfois, un train passait le long de la voie ferrée non loin, faisant vibrer les fenêtres. Puis il y avait le silence, et la noirceur au dehors, que l’on voyait au travers des vitres parsemées de petits serpents de pluie. »

Tout en alignant une belle galerie de figures paternelles, le livre est dédié : « A mon père, à tous les pères. Même si ce ne sont que des hommes. »  Père-super-héros qui se joue de tous les obstacles, épave aimante empêchée par son ivrognerie,  père indifférent ou absent, père-bourreau allant jusqu’à l’infanticide, père débordé, qui paie au lieu de donner de son temps, « JOB » ne se contente pas d’utiliser le genre – un haletant suspense  où se mêlent  horreur,  cynisme et humour   d’où émergent  de très beaux moments  tendres – mais témoigne aussi de notre temps.

« Toujours la même phrase, "je te connais pas", donc je n’ai pas de sympathie, d’empathie, rien. Une phrase de riche d’aujourd’hui, aussi commune que "chacun sa merde". »

Sylvie Lansade 
(03/11/14)    



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Noir & polar










Editions Jigal
328 pages - 19






Jacques-Olivier Bosco

a déjà publié cinq livres chez Jigal, sélectionnés par plusieurs prix du polar.






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