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Franck BOUYSSE


Noire porcelaine


Le capitaine Jacques Bélony et le lieutenant Marie Dalençon font équipe depuis plusieurs mois et l'une de leurs enquêtes a donné lieu a un précédent roman du même auteur, L'entomologiste. Pas d'insectes dans celui-ci mais un meurtrier en série qui signe ses œuvres avec des couplets de chansons. Le temps des cerises, Les marionnettes

Le premier chapitre nous présente le capitaine, à la fois dévasté et libéré par le décès de sa femme. Ils ont eu un accident de voiture il y a une vingtaine d'années, leur fille de six ans est morte sur le coup. Emma, son épouse, a sombré dans un coma profond dont elle n'est pas sortie et auquel la mort vient de mettre fin.
Le capitaine doit digérer cette nouvelle situation et il hésite entre le whisky et le chablis…

Le deuxième chapitre met en scène son adjointe. Elle voudrait bien consoler son collègue, partager son chagrin.
Depuis l'affaire de 1'Entomologiste, Dalençon s'était attachée à son collègue, d'une certaine manière. Elle, pourtant si méfiante, s'était laissée apprivoiser par cet homme plutôt bourru. Elle repensait à l'alliance au doigt de Bélony, se demandant s'il allait encore la porter, maintenant que sa femme était morte, vraiment morte, maintenant qu'il n'y avait plus de raison de la porter. Elle se demandait jusqu'où on pouvait aller dans le souvenir, jusqu'où il pouvait mener un homme ?
Mais, pour le moment, pas encore de réponses. Le capitaine a choisi la solitude et la chaleur de l'alcool. La vie sentimentale de Marie Dalençon reste donc au calme plat…

Dès le troisième chapitre, la folie meurtrière va se charger de leur faire oublier provisoirement leurs soucis personnels pour les plonger dans le tourbillon d'une enquête complexe, avec cette inévitable course contre la montre pour empêcher le tueur d'allonger sa série.

Un brave homme, qui se remet d'un infarctus, suit son sentier habituel dans les bois quand son regard est attiré par une forme rouge.
Il s'approcha alors un peu plus près. Il s'agissait d'une femme.
Le promeneur resta longtemps sur place, interdit devant l'improbable intrus. Un court instant, il pensa à un accident, une chute, quelque chose comme ça. Un court instant, car comment une femme nue, privée de ses mains et de ses pieds, aurait-elle pu accomplir l'exploit d'arriver ici ?

Près du corps mutilé, les policiers trouvent un morceau de partition, quelques mesures du Temps des cerises.

Il y aura malheureusement d'autres victimes avec, chaque fois, un message sibyllin pour les enquêteurs, signature et provocation à la fois.

En alternance, des chapitres en italique nous livrent des extraits du journal du tueur, réflexions philosophico-poétiques sur la fragilité, la folie, le sentiment, l'ordre, le hasard, le trouble… Au fur et à mesure de la découverte des nouveaux meurtres et de l'avancée de l'enquête, ces écrits montent en tension, prennent sens par rapport aux crimes.

Dans certains personnages, le lecteur croit découvrir le meurtrier. Comme les enfants au spectacle de Guignol, il a envie d'intervenir, de crier à l'une ou l'autre des victimes potentielles : attention, méfie-toi, c'est sûrement lui, ne le suis pas… Mais les personnages n'en font qu'à leur tête et les suspects ne sont pas toujours coupables.

Un roman bien construit, qu'on suit avec un intérêt maintenu par les rebondissements, des enquêteurs attachants qu'on retrouverait encore avec plaisir, une atmosphère riche de sentiments et d'émotions, un bon polar à ajouter sur la pile des auteurs à suivre, en attendant déjà le prochain volume des enquêtes de Bélony et Dalençon, jamais deux sans trois.

Serge Cabrol 
(01/08/13)    



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Noir & polar








Geste éditions

336 pages, 12,90




Franck Bouysse,
après L'Entomologiste, a publié sa trilogie H. : Le Mystère H., Lhondres ou les ruelles sans étoiles et La Huitième lettre. Il a aussi écrit les dossiers introductifs de l'intégrale BD de Théodore Poussin par Frank Le Gall (Dupuis).