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Frédéric BOYER


Yeux Noirs


« L’enfance est l’insaisissable sujet dont je voudrais parler » nous confie Frédéric Boyer dès les premières pages de son dernier ouvrage Yeux Noirs.
Nous n’ignorons pas que l’enfance, est cette période de notre existence qui retient en nous sans jamais nous les restituer ces moments mystérieux qui n’ont pas su construire leurs souvenirs. Notre intime oubli.
C’est l’un de ces moments que cherche à retrouver, à reconstruire, le narrateur de Yeux Noirs, un souvenir de sa sixième année, celui de ces yeux qui le dominaient et vers lesquels il levait les siens. Les yeux noirs d’une jeune étudiante qu’il découvrait derrière la porte d’un dortoir et puis aussi retrouver le souvenir de ce qui a bien pu se passer pendant leurs jeux secrets entre les murs d’une pièce de cette pension que l’on appelait le château, avant qu’elle et qu’ils ne disparaissent.
Chacun des récits des amours qui suivront ce moment d’enfance – récits que nous rapporte, de page en page, le narrateur – aura en filigrane le charme mystérieux et irréel, « comme un rêve qui ne revient pas », de cette aventure secrète et bien trop ancrée sur les terres inatteignables de l’enfance. « L’enfance est un royaume, dit-on. Il s’y passe quoi ? Une terre perdue. Personne ne sait plus quels événements ont eu lieu tant nous nous efforçons avec une application studieuse et cruelle à plier bagages aussitôt arrivés quelque part. Et c’est, je crois le propre de l’enfance. »

Les personnages féminins qui apparaissent et disparaissent dans les courts chapitres de Yeux Noirs (j’ai une préférence pour celui de Mlle Goethe), nous sont parfois montrés alors que le temps a usé ses heures pour les habiller de veilleuse, pour les fragiliser comme une étoffe trop souvent, trop longtemps frottée à la vie. Dans ces passages, l’art poétique de Frédéric Boyer se montre férocement beau, d’ailleurs cette poésie ne quitte jamais notre lecture, sans trop toutefois s’appuyer lourdement sur notre épaule pendant que nous lisons ; une poésie telle deux yeux noirs qui liraient en même temps que nous sans jamais nous déranger du souffle d’une respiration.  

Il y a dans Yeux Noirs de belles images, de belles réflexions sur l'enfance bien sûr, mais également sur la vie, l'amour, la mort, et en refermant le livre je me suis souvenu de l'une d'elles, mais pas complétement, pas exactement et j'ai tenté de la retrouver, sans y parvenir, en parcourant au hasard ses pages. Il aurait fallu pour cela relire entièrement (pourquoi pas ?) ce beau texte. Cette phrase, dont ma mémoire ne parvenait pas à retranscrire complètement les mots, je l'ai laissée dans les lignes de Yeux Noirs comme un souvenir qui prendra peut-être la peine de revenir d’une manière inattendue. 
Mais vous, vous qui ouvrirez Yeux Noir sur sa première page, vous la rencontrerez certainement pendant votre propre lecture. Et si ce n’est pas celle que je cherche, une autre vous interpellera sûrement.

David Nahmias 
(19/09/16)    



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P.O.L.

(Août 2016)
208 pages - 15




Frédéric Boyer,
né à Cannes en 1961, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, écrivain, traducteur et éditeur, a déjà publié une trentaine de livres et obtenu, entre autres, le Prix du Livre Inter 1993.