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Nicole CALIGARIS


UBU roi


Les lecteurs n’ont pas oublié le personnage d’UBU, de la pièce éponyme, créé par Alfred Jarry en 1896 car ce roi a souvent marqué les esprits par le dégoût profond qu’il a inspiré. Rappelez-vous, Merdre !, la grossièreté de ce roi d’Aragon, qui avait jeté son dévolu sur le royaume de Pologne...  Nicole Caligaris nous rafraîchit la mémoire et propose une réécriture, nouvelle et originale, de cette histoire du père UBU et de sa femme non moins vulgaire. Mais c’est dans le monde de l’entreprise, dans notre monde contemporain, que ce roi, tristement célèbre pour ses exactions et sa monstruosité, réapparaît, en roi de la finance ou sous les traits caricaturaux d’un grand magnat : Chers collaborateurs, ça n’a pas été de gaîté de cœur mais ma chère épouse a su m’en convaincre et, oui, malgré les temps austères, les très terribles dangers que nous courons […] j’ai décidé de prendre le risque d’accorder à tous une prime d’exception.
Par exemple, il faudra vous engager, en retour, corps et âme, me signer la promesse de renoncer à tout mouvement d’humeur.

S’engagera alors une double lecture, captivante, pour le lecteur : non seulement celui-ci essaiera de se remémorer les frasques originales d’UBU, les provocations de celui-ci, telles que Jarry les avait mises en scène, mais la découverte de ce même personnage, devenu financier, sévissant dans le monde du travail ne laissera pas indifférent. Et cette transposition, satirique, est parfois effrayante de vérité : les batailles des campagnes de 1896 sont encore et toujours des batailles d’ego, les appétits de gains sont restés intacts, dans toute leur violence. L’auteure brosse, avec un plaisir non dissimulé, un tableau satirique et lucide du monde de l’entreprise, avec des portraits au vitriol, mais qui ne manquent jamais d’humour. Comme dans la pièce de théâtre, le pauvre Venceslas est la première victime du système : C’était au Freluquet’s, comme la tradition l’exigeait, que Venceslas avait tenu à tenir sa veillée d’armes en compagnie de sa garde rapprochée. Cherchez les points communs et les nouveautés entre la pièce de théâtre originale et le roman qui nous est proposé…

Nicole Caligaris est une auteure de nombreux textes tels que Les Samothraces (2000), Barnum des ombres (2003), Les Hommes signes (2008), Dans la nuit de samedi à dimanche (2011), ou Le jour est entré dans la nuit (2014). Elle nous  propose donc, ainsi que le veut le concept « Remake » de cette nouvelle collection Belfond, une réécriture qui ne trahit pas l’esprit de Jarry. Mieux, elle lui rend hommage, en soulignant la cruauté mais surtout la modernité de cette œuvre qui invite au rire et à la réflexion : cet exercice de style est un beau morceau de bravoure !

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(06/01/15)   



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Lectures








Belfond

(Septembre 2014)
208 pages - 17





Nicole Caligaris,
née à Nice en 1959, a déjà publié de nombreux ouvrages pour les adultes et pour la jeunesse.



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