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Jean-Jacques CARRÈRE


L’ermite du pic Saint-Loup



Son prénom, Idéal Ferrer, le doit à son père, anarchiste espagnol, et a sûrement pesé lourd dans son propre engagement politique. Ancien maoïste, il a payé d’une lourde peine de prison sa participation à la lutte armée. Ferrer vit maintenant sa retraite de professeur d’histoire dans le petit village de Cazevieille  au pied du pic Saint-Loup, près de Montpellier. C’est un solitaire, ami d’un autre solitaire, beaucoup plus jeune que lui mais tout aussi fougueux, le berger Barthélémy Roure qui s’est mis dans la tête de découvrir la grotte légendaire d’un ermite qui aurait vécu là au début du XIIIème siècle. Mais la légende dit que celui qui la trouvera « allait apporter la malédiction  sur tout le Val de Montferrand, la fédération des villages qui vivaient autour du Pic. »

Et c’est bien ce que ce pauvre berger va déclencher en découvrant non seulement la grotte mais un vieux lucidaire dans les marges duquel, l’ermite, repentant des crimes qu’il a commis pendant la croisade des Albigeois, aurait transcrit de terribles révélations. « […] c’est l’Elucidarium d’Honorius Augustodunensis, ou d’Honoré d’Autun, si tu préfères, un clerc qui a écrit ce texte au XIIème siècle, en Angleterre sans doute. »

A  partir de cette fabuleuse découverte, tout se dérègle. « La fête des gueux », reconstitution historique dont les politiciens locaux revendiquent chacun le succès, devient le théâtre d’un vaudeville où le maire est cocufié en public, pendant que Frère Hugues et les dangereux  illuminés de sa secte font la une du journal local en appelant à repartir en croisade. « Mais la croisade à venir sera plus difficile, car elle se mènera sur nos propres terres, contre ceux qui se sont infiltrés jusque dans nos rangs ! Elle se mènera au sein même des familles, pour lutter contre la dissolution des mœurs !  […] Et, bien sûr, et tout d’abord contre l’invasion des religions étrangères qui piétinent nos traditions ! » Puis, Barthélémy est retrouvé assassiné et la journaliste chargée du reportage sur la secte des nouveaux croisés disparaît.

Idéal, devant la stagnation de l’enquête policière, et pour venger la mort de son ami, « Mais aussi  pour une autre raison, qu’il aurait difficilement avouée : c’est l’ermite lui-même, lui semblait-il, qui réclamait justice, le jeune homme entraîné par fourberie dans une histoire qui le dépasse, dans un crime aux conséquences imprévisibles ; ce jeune homme qui lui en rappelait tellement un autre, celui qu’il était à vingt ans, entier, impulsif, avide sans doute de se donner un but, manipulable par d’autres, qui se mettaient prudemment à l’abri en cas de problème. Lui aussi avait écouté des beaux parleurs, des gens qui développaient de belles idées, mais qui pensaient déjà, peut-être, aux carrières qu’ils allaient faire, plus tard. » Idéal renoue avec d’anciens camarades dont le tout puissant Président de région, homme politique haut en couleurs dont le portrait rappelle Doumengue, surnommé dans les années soixante, le milliardaire rouge, secondé par d’ambitieux jeunes cadres politiques sans scrupules.

Ainsi, dans sa propre enquête, Idéal semble porter sur les chemins de l’Histoire, un miroir où tour à tour, à des siècles de distances ou simplement quelques décennies, les visages de jeunes gens passionnés comme lui pour une cause, deviennent hideux, pris dans l’engrenage d’actions qu’ils ne maîtrisent plus et les mènent jusqu’au crime.

Sylvie Lansade 
(18/06/15)    



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Rouergue

(Février 2015)
294 pages - 19,80










Jean-Jacques Carrère,
né en 1947, a été enseignant et se consacre désormais à l'écriture. Il a publié deux autres romans chez le même éditeur.


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