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Antoni CASAS ROS

Lento



L’énigmatique Antoni Casas Ros revient en librairie avec un texte qui a peu à voir avec ses publications antérieures du point de vue de la forme, mais dont le thème, que l’on pourrait résumer abruptement par le rapport au corps et aux choses, est pour lui essentiel. Lento est un conte doux-amer sur la légèreté de l’être et le poids de la société. Le personnage principal est prénommé Lento par sa mère, car il a mis 72 jours à venir au monde. 72 jours entre le moment où il sort la tête du ventre maternel, et celui où il se décide à s’extraire et à naître pour de bon. Nourri par le cordon ombilical, Lento commence son voyage dans la vie par une observation précise et sensible de ce qui l’entoure. Bruits, odeurs, couleurs, tout est nouveau et tout fait sens.

C’est bien le mot « sens » qui parcourt tout le texte. C’est par les sens, les cinq habituels : goût, toucher, odorat, vue, ouïe que Lento appréhende la réalité. Il y ajoute les sens recensés par un certain Tom Mook dans un ouvrage intitulé Voyage sensoriel : la satiété/la faim, la kinesthésie/le corps, la douleur/le plaisir, la thermoception, l’équilibre, le langage, le sens du Je/le sens de l’Autre. Douze sens, qui vont former une ronde temporelle et spatiale. Le chiffre 12, d’ailleurs, prend une importance particulière dans ce conte, c’est le chiffre magique, comme peut l’être le 7 dans les contes traditionnels – les 7 nains de Blanche-Neige, les bottes de 7 lieues, etc.

La lenteur de Lento est un handicap. Autisme ? Il faut le protéger, l’enfermer pour qu’il ne lui arrive rien de fâcheux, croit-on. Sa fuite à Barcelone lui permettra de découvrir un don particulier, et exceptionnel. Hypersensible inadapté, Lento met des heures à manger un abricot, jusqu’à devenir l’abricot.

La morale du conte n’est pas donnée dans l’épilogue, mais au beau milieu du récit – qui alterne un Je subjectif et une narration extérieure. La morale nous est donnée via une citation d’Otto Gross, ce médecin et psychanalyste allemand, théoricien d’une société matriarcale basée sur la liberté sexuelle. Qui est le fou, l’inadapté : celui qui ne répond pas aux attentes de la société, ou celui qui s’en contente, sans chercher à changer les choses ? Lento, lui, se laisse guider par ses sens, toujours étonné et ravi de ce que la nature ou la culture lui apportent, qu’il s’agisse du vent sur sa peau nue, ou de la musique de Schoenberg. Il reçoit de plein fouet tous les bienfaits, et, littéralement, les absorbe. Et alors, il danse…

Christine Bini 
(18/09/14)    
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Christophe Lucquin

(Août 2014)
144 pages - 16






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Antoni Casas Ros
(propos recueillis par
Christine Bini)




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