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Pierre CHAZAL

Les buveurs de lune


Deux frères. Balthazar et Stanislas, vingt-six ans pour le premier, la trentaine pour l’autre. Avant même le début du roman, Stanislas a été interné dans un hôpital psychiatrique. Alors, c’est Balthazar qu’on va suivre, dans ses dérives et ses rencontres, avec une lycéenne tout juste majeure, notamment, qui apporte une note de fraîcheur dans un contexte bien sombre. On va déambuler dans Paris, s’encanailler en banlieue, s’aérer dans un village des Pyrénées. La drogue et l’alcool occupent une place importante mais la poésie et l’émotion aussi. Un gros livre, un beau livre, le deuxième d’un auteur qu’on a découvert l’année dernière avec Marcus et qu’on ne regrette pas d’avoir suivi.

On entre dans le roman par un prologue où l’auteur cherche son personnage. Il le trouve dans un jardin public, pas très frais. Je t’ai vu, moi aussi, allongé sur ton banc, entouré de pigeons morts et de bouteilles renversées. L’auteur le tutoie, ajoutant une tonalité familière au récit.
Balthazar est en errance dans Paris, noyant sa souffrance dans l’alcool, en colère contre la terre entière et tous les dieux du panthéon, parce qu’on lui a pris son frère, qu’on l’a enfermé dans un asile, parce qu’il sait que Stanislas ne survivra pas à cet internement. Stan, c’est la liberté et la démesure, un être hors du commun, incapable de se plier aux convenances du quotidien.

Ensuite, trois parties vont nous emmener ici ou là, sur les traces des différents personnages.

La première, Little Stan, est centrée sur Balthazar obsédé par l’internement de son frère. Après l’ivresse du prologue et une nuit en cellule de dégrisement, il sort du commissariat en chaussettes et commence sa journée par une visite au bistrot. Ensuite, il rejoint l’appartement où il s’est installé mais, surprise, l’ami qui le lui prête est de retour. Philippe était en mission humanitaire au Soudan mais il s’est fait virer par le responsable de l’organisation.  Pendant quelques jours, Balt et Fil cohabitent, avec drogue, alcool et jolies filles vénézuéliennes.
Peu à peu, nous apprenons à connaître Balthazar, son présent et son passé. Il a vécu quatre ans avec Mélanie et voudrait récupérer le violoncelle qu’il a laissé chez elle. Après trois ans d’école d’ingénieur, la passion de la musique a repris le dessus, passion qu’il partageait avec son frère. Après la mort de leur père, leur mère, psychanalyste, a rencontré un nouveau compagnon, Gaston, et les deux garçons ne l’ont pas admis. A partir de là, ils n’ont plus rien accepté d’elle.
Balthazar reprend contact avec son passé. Il va retrouver son violoncelle chez la mère de Mélanie et retourner s’installer chez sa mère où Gaston s’efforce de l’apprivoiser. Pas facile. Pour Balthazar, Gaston est en partie responsable de l’internement de Stan.
Pour gagner un peu d’argent, le jeune ingénieur accepte de travailler de temps à autre pour un organisme de cours à domicile. C’est pour un devoir de mathématiques qu’il rencontre Sarah.

La deuxième partie, 95 rue de Rennes, est centrée sur Sarah. Le père vient de quitter le foyer, laissant sa femme avec les trois enfants : Sarah, Séverine et le petit François dit Boubouche. Sarah et sa famille, Sarah au lycée, Sarah et son père… La jeune fille vit très mal la situation. Au cours de la fête qu’elle donne pour ses dix-huit ans, elle a la surprise de découvrir Balthazar jouant de la guitare au milieu d’un aréopage de lycéens enthousiastes. Il se dit le copain d’un copain qui… Elle est déjà trop ivre pour chercher à en savoir davantage. Mais entre eux, c’est le coup de foudre et c’est ensemble qu’ils vont soigner leurs bleus à l’âme…

La troisième partie, Le lys dans la vallée, commence quand Stan s’est échappé de l’hôpital psychiatrique avec l’aide d’une infirmière, Noémie. Les deux frères vont enfin se retrouver et, après quelques aventures dont la musique, l’alcool et la drogue ne seront pas absentes, ils décident de partir avec Sarah et Noémie dans la maison familiale d’un hameau des Pyrénées que leur mère veut vendre mais à laquelle ils tiennent parce qu’elle est très liée au souvenir de leur père. Mais, là encore, les choses ne seront pas simples. Avec Stan, elles ne le sont jamais…

Pierre Chazal réussit un roman fort, dense, violent, émouvant, autour de personnages attachants qui cherchent la lumière dans un environnement complexe, assombri par les décès, les ruptures et une bonne dose de mal être. Roman initiatique pour Balthazar et Sarah dont nous suivons avec empathie les pérégrinations, les révoltes et les prémisses d’un amour qu’on leur souhaite durable. La construction de l’individu est difficile, celle du couple aussi, l’auteur sait le montrer avec autant de lucidité que de tendresse. Encore un bel ouvrage dans un parcours que nous continuerons à suivre.

Serge Cabrol 
(25/09/14)    



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Lectures




Alma Éditeur

(Août 2014)
476 pages 19



Points

(Mars 2016)
360 pages 7,80






Pierre Chazal,
né en 1977, a étudié et vécu à Lille, puis en Angleterre, avant de s'installer à Paris. Il y enseigne le français langue étrangère. Marcus, son premier roman, a reçu le prix René Fallet 2013, a été traduit en italien et en allemand et repris en collection de poche.





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