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Catherine CUSSET

L’autre qu’on adorait


Lire un livre de Catherine Cusset est toujours s’emplir d’un peu plus d’humanité. Avec L’autre qu’on adorait, on s’en emplit encore plus que d’habitude tant l’homme auquel elle consacre ses lignes, ses pages, est de ces êtres rares et ordinaires, ceux qui vivent leur vie en la brûlant mais en tentant, chaque jour, de tenir.

Thomas est de la génération de Malik Oussekine, de Devaquet et de sa loi qu’il fallait à tout prix rejeter. La France luttait contre un pouvoir qui voulait instaurer la sélection dans les universités et Thomas, oh oui, était de la partie. Comme une majorité d’étudiants, il voulait que le savoir reste ouvert à tous.

Il ignorait encore à quel point le savoir était politique. L’université n’est pas un monde de rêveurs. Elle sélectionne quoi qu’il en soit. Thomas, bien qu’en Khâgne, va le vivre dans sa chair, lui qui se voit exclu des grandes écoles dont sa mère, fille de concierge, rêvait pour lui.

Aux Etats-Unis, il croit avoir sa chance. New York, ville où l’on ne dort jamais, où chacun a sa place, où chacun est évalué au mérite, New York va le porter, le sauver. Mais qui peut sauver de soi-même ? Proust, que Thomas étudie et enseigne, savait mieux que personne que les chagrins de l’âme sont inconsolables.

Et Thomas a de nombreux chagrins. De défaites en défaites, de déceptions en déceptions, un fil assassin semble l’encercler. Il faut les lire, les découvrir une à une pour les voir former le chemin d’une vie. La vie de Thomas. Thomas dont le rire résonne encore en Catherine Cusset. Thomas son ami. Un ami qu’elle a appris à aimer quand d’autres et surtout lui-même ne savaient plus le faire.

Ce roman portrait est un chant. Certains chantent l’amour. Catherine Cusset chante l’amitié. Elle le fait avec son talent habituel de conteuse sensible. On est sur la crête, toujours proche de l’abîme, toujours si près de ce qui fonde une personnalité, un cœur. Thomas en devient un personnage de fiction de sorte que le livre, s’il est autobiographique, se lit comme un roman.

Nous bercent aussi des citations, nombreuses, de Proust. On les redécouvre en ayant envie d’aller se replonger illico dans le grand auteur. Mais on se dit qu’on ne le fera plus sans penser à Thomas.

Oui, lui, Thomas, cet anonyme pour nous les lecteurs, est bien l’autre qu’on adore et adorera en refermant le livre.

Isabelle Rossignol 
(31/10/16)    



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Lectures









Gallimard

304 pages - 20





Catherine Cusset,
née en 1963 à Paris,
a déjà publié une douzaine de livres traduits dans une quinzaine de langues.



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