Retour l'accueil du site





Kéthévane DAVRICHEWY

L’autre Joseph



L’autre Joseph est l’arrière-grand-père de Kéthévane Davrichewy, la narratrice du roman publié chez l’éditeur Sabine Wespieser, c’est donc son histoire familiale qu’elle explore en déblayant la poussière du passé autour de ses racines.
Histoire familiale disions-nous, mais une histoire qui rejoint l’histoire universelle et une des plus terribles de notre ère, puisque ce Joseph   Davrichachvili ou Davrichewy est né à Gori à la fin du XIXe siècle à quelques rues d’un autre Joseph : Joseph Djougachvili dit Staline. Leurs espaces de jeux seront les mêmes. Ces deux-là ont en outre quelques choses en commun, ils se ressemblent physiquement et certaines rumeurs rapportent même qu’ils seraient demi-frères. Le père de l’autre Joseph préfet de Gori recevait, dans sa demeure, la mère de Staline. Elle y venait régulièrement pour effectuer quelques travaux de coutures. On pouvait donc en voyant la ressemblance de ces deux enfants, spéculer sur une relation entre les deux adultes.
 
Imaginer l’enfance de certains personnages qui ont écrit l’histoire (la Grande) avec pour encre le sang des autres, est toujours troublant, elle donne à l’innocence de cet âge des soupçons de laideur que nous n’aimerions pas avoir. Et l’on se dit naïvement : « Non, ces êtres-là, n’ont pu avoir cette innocence, cette fraîcheur de l’âme. » Nous préfèrerions même qu’ils n’aient jamais eu d’enfance, qu’ils soient devenus ce qu’ils sont devenus du jour au lendemain ; comme en une nuit pousse une mauvaise graine. Mais n’y pensons plus.
Dans la ville de Gori, les deux Joseph, rêvent des mêmes héros géorgiens, des mêmes légendes du Caucase, jouent aux mêmes jeux, se bagarrent, se réconcilient. L’autre Joseph écrira même bien plus tard un récit sur cette époque, un récit au titre un peu grotesque (ou bien ironique) : « Ah ! ce qu’on rigolait bien avec mon copain Staline. »
Ils seront proches jusqu’à la révolution de 1905 pendant laquelle Joseph Djougachvili dit Staline sera arrêté et exilé en Sibérie. La suite de l’histoire en ce qui le concerne, nous la connaissons, elle se termine dans ma mémoire par la statue du ″Père des peuples″ fracassée sur la place Rouge.  
C’est de l’autre Joseph dont Kéthévane Davrichewy, nous fait le récit. « Il aura fallu une succession de circonstances, nous dit-elle, bien après la mort de mon père, pour que je m’interroge sur mon arrière-grand-père paternel et sur cette part trouble de mon ascendance. » Un arrière-grand-père oublieux de sa descendance pour la préserver de sa vie aventureuse.
Après avoir effectué ses études à Paris, après avoir dirigé un comité révolutionnaire pour l’indépendance de la Géorgie, il servit dans l’armée française durant la première guerre mondiale en tant qu’aviateur de combat (sur une photo reproduite dans l’ouvrage, on le voit, âgé, en uniforme la poitrine bardée de médailles, avec un petit air de dirigeant bolchevik). Il fut également un agent du Deuxième Bureau où son destin croisa celui de Marthe Richard.
Dans ce roman, en suivant la trace de ces deux Joseph nous parcourons l’histoire, notre histoire, de Tiflis à Paris, de l’aube de la révolution russe à la seconde guerre mondiale.

« J’achève un roman centré sur sa jeunesse, la solitude de sa vieillesse m’émeut. Je suis sur le point de le quitter, un peu mélancolique. Je me demande où il m’a amenée », écrira Kéthévane Davrichewy aux dernières pages de son roman en parlant de son arrière-grand-père qu’elle a sans doute découvert en nous le dévoilant.

David Nahmias 
(19/02/16)    



Retour
Sommaire
Lectures




Sabine Wespieser

(Janvier 2016)
276 pages - 21




10/18

(Février 2017)
240 pages - 7,50









Kéthévane Davrichewy,
née à Paris en 1965 au sein d'une famille géorgienne, a publié cinq romans et une vingtaine de livres pour la jeunesse.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia