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François-Xavier DILLARD


Fais-le pour maman



Le roman s'ouvre sur une scène forte, violente, fondamentale, une scène qui date des années 70 et qui va se compléter au fil du roman, par quelques pages en italique à intervalles réguliers, pour éclairer tous les coins d'ombre de l'intrigue.
Le petit garçon est recroquevillé, prostré dans l'encadrement de la porte. Il a entendu des cris. Ceux de sa mère puis, en écho, ceux de sa sœur…
Quand le petit garçon a rouvert les yeux, il a vu le sang et le couteau. Depuis le départ du père, les disputes étaient permanentes entre la mère et la fille. Ce jour-là, le couteau a fait basculer la vie de la famille.

En chapitres alternés, on découvre deux personnages dans leur environnement familial et professionnel.
Sébastien Venetti, un médecin qui élève seul ses deux filles depuis le décès de son épouse, et Claire, commissaire de police, qui vient d'être mutée dans cette petite ville de province après avoir tué, en légitime défense, son mari qui la frappait.
Claire souffre de fortes migraines et n'a pas évacué son passé de femme battue. Elle va consulter le Docteur Venetti, médecin dévoué à ses patients, qui anime un groupe de parole autour des violences faites aux femmes.

Au fur et à mesure que la scène fondamentale, en italique, se complète, on apprend que Valérie, l'adolescente poignardée, n'est pas morte, les secours étant arrivés à temps pour stopper l'hémorragie et la conduire à l'hôpital et que la mère, contre toute évidence, accuse son fils, Sébastien, d'être l'auteur du coup de couteau et lui demande d'avouer son crime : Fais-le pour maman
Mais la police n'y croit pas : un petit garçon de six ans ne peut pas avoir donné un coup de couteau de haut en bas à une sœur qui a soixante centimètres de plus que lui. Au cours d'un interrogatoire, un peu manipulé par la policière qui mène l'entretien, il finit par reconnaître que sa maman lui a demandé de s'accuser à sa place pour éviter d'aller en prison. L'affaire est close et la famille éclate. Prison pour la mère, placement pour les enfants…

Très vite, on apprend que le Dr Sébastien Venetti n'est autre que le petit Sébastien de la scène d'ouverture devenu adulte et qu'il subit encore les traumatismes de cette enfance chaotique, et notamment la violence de sa sœur qui le rendait responsable de l'éclatement de leur famille et a toujours fait preuve à son égard d'une cruauté culpabilisante. Suite à plusieurs actes déments, Valérie a été placée en hôpital psychiatrique.

Claire, la commissaire de police, apprécie le médecin et leur relation commence à prendre un tour plus tendre quand des événements dramatiques viennent tout bousculer. Des enfants, patients du docteur Venetti, décèdent dans des conditions très suspectes…

La commissaire, chargée de l'enquête, a du mal à admettre la culpabilité du médecin. Sébastien se sait le jouet d'une macabre manipulation. Et Léa, la fille aînée du médecin, cherche à comprendre et aider son père. L'alternance de ces divers points de vue avec les chapitres en italique qui apportent sans cesse des éléments nouveaux, crée un suspense intense et fait de ce roman un thriller haletant où l'on est confronté à la folie et à la mort en se demandant comment le médecin va sortir de cet engrenage et comment tout cela va finir. Mais l'auteur est redoutable et le lecteur n'est jamais à l'abri d'un nouvel événement, jusqu'à la dernière page du livre. Du grand art, aussi bien pour l'écriture, vive et efficace, que pour la construction – avec cette vieille histoire qui ne cesse de resurgir en s'entortillant autour du présent comme le serpent d'un caducée – et la peinture des personnages dont les caractères, les fragilités, les peurs et les enthousiasmes créent une empathie chez le lecteur qui partage leurs souffrances et aspire à voir Claire, Sébastien, Léa et certains autres parvenir à échapper à cette sinistre intrigue. Mais l'auteur est impitoyable et personne n'en sortira totalement indemne. Pas même le lecteur. Amateur de romans noirs et de sensations fortes, aucune hésitation, cette histoire est pour vous. Après un premier roman sélectionné pour les prix du polar de Cognac ou de Liège, l'auteur récidive et il ne faut pas manquer ce nouveau rendez-vous. A suivre…

Serge Cabrol 
(01/04/14)    



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Noir & polar









Fleuve Noir
(Mars 2014)
288 pages - 18,50










François-Xavier Dillard,

né à Paris en 1971, a publié chez le même éditeur un premier roman remarqué, Un vrai jeu d'enfants, en 2012.