Retour à l'accueil du site





Dounia BOUZAR


Ma meilleure amie s’est fait embrigader


Camille et Sarah se connaissent depuis l’enfance. Elles sont au lycée, en terminale S, et sont MAPV, meilleures amies pour la vie. Sarah est d’origine marocaine : « Sarah raconte qu’au Maroc, la culture de clan reste très forte, même dans sa famille de médecins. Le clan décide tout pour l’individu, surtout quand il s’agit d’une jeune fille qui vit en France. » La mère de Sarah est psychologue, celle de Camille travaille dans la publicité et le père de Camille dans la finance.  

Elles préparent un exposé sur le système productif alimentaire et lors de ses recherches Camille réalise que « tout le monde nous ment en ce bas monde. »

Le comportement de Camille change, elle est de plus en plus bizarre. Sarah ne comprend pas bien et peu à peu elle réalise que Camille s’est radicalisée : « C’est là que je réalise : la femme en noir avec le sac de cours de Camille. La femme en noir, c’était Camille. »

Camille se change en sortant du lycée : « Avant de régénérer le monde, c'est moi que je régénère. Quel bonheur... Abucobra avait raison : se voiler est une libération. C'est bizarre que Sarah ne se voile pas. Je suis complètement à l'abri des forces nocives. Plus rien ne peut m'atteindre : je suis invincible. Est-ce mon niqab qui agit comme un bouclier ? »

De chapitre en chapitre, nous passons du point de vue de Sarah à celui de Camille ce qui permet de comprendre le processus réalisé pour radicaliser des adolescentes. Sarah donne aussi son point de vue et montre à quel point les propos défendus par Camille n’ont rien à voir avec l’Islam.

C’est un roman passionnant pour des adolescents pour leur permettre de bien analyser le phénomène actuel alimenté par les relations internet.

La dernière partie, où Camille participe à des ateliers de déradicalisation organisés en Préfecture, explique aussi comment peut se dérouler ce processus qui permet à des jeunes de se retrouver eux-mêmes et de sortir de l’influence sectaire des rabatteurs : « Au bout d'un moment on utilise les mêmes mots, on se comprend entre nous... Mais celui qui mène ne te parle jamais directement. Il te fait des sous-entendus, des petites piques pour que tu cherches toi-même la réponse... En fait, il te parle tout le temps de djihad, puis de martyre, sans t'en parler ouvertement. C'est de la suggestion perpétuelle. Tu t'endoctrines toi-même en fait. On est tous nos propres gourous. On est tous à la fois victimes et coupables. »

C’est un roman à conseiller à tous les adolescents car ils traversent une période de leur vie très sensible et il est absolument nécessaire de les aider à résister à cet embrigadement mortifère.

Brigitte Aubonnet 
(25/04/16)    



Retour au
sommaire
Jeunesse






De La Martinière

(Avril 2016)
240 pages - 14,50









Dounia Bouzar
docteur en anthropologie spécialisée dans l'« analyse du fait religieux », a déjà publié de nombreux articles, livres, essais et tribunes scientifiques.


Bio-bibliographie
sur Wikipédia