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Jean ECHENOZ

Envoyée spéciale


Dans ma librairie, je l’avoue je n’ai pas trop hésité devant l’étalage de la rentrée littéraire de janvier, j’ai aussitôt saisi le dernier Echenoz. Après ce rapide choix, en sortant, j'ai décidé, pour revenir chez moi, de prendre plutôt le bus que le métro car le trajet serait plus long et donc mon temps de lecture également.

Le dernier Echenoz ! Envoyée spéciale aux Éditions de Minuit.
Dès les première pages une sorte de sérénité goguenarde m’a envahi, je ne craignais plus le colis suspect qui se trouvait entre les jambes de l’homme installé à mes côtés et n’était plus effrayé par le fourgon de police qui doublait notre bus en claironnant son alarme.

Il s’agit pour cet opus d’Echenoz d’un roman d’espionnage et pour cela le Général Bourgeaud veut une femme. Ce sera Constance. Mais cette histoire d’espionnage n’est qu’un prétexte pour nous entraîner à travers des situations cocasses à la rencontre d’un catalogue de personnages bien campés dans leur rôle qui parfois frise le ridicule et plusieurs d’entre eux sont notre portrait tout craché.

En cours de lecture, devant le plaisir que j’éprouvais à lire Envoyée spéciale, je n’ai pu m’empêcher de penser à un tout autre plaisir de lecture de mon adolescence que j’ose à peine rapprocher de ce livre d’Echenoz : je pensais à mes réjouissantes lectures des San-Antonio de Frédéric Dard ; mais attention, je calme aussitôt ceux qui viennent de bondir de leur siège à ma lecture, je voulais dire un Frédéric Dard taillé très fin et dont la mine humoristique serait de ce fait très affinée. Je me trouvais devant un Frédéric Dard qui aurait passé sa jeunesse dans la bibliothèque de son père (grand diplomate) à lire, en les assimilant, les grands classiques (Proust compris) qu’elle contenait et aurait plus tard suivi, avec beaucoup de concentration, l’intégrale des émissions philosophiques de Michel Onfray sur France-Culture.
Mais cette impression est évidemment très personnelle.

Exemple, page 119 : « Nadine Alcover était bien gauchère mais, contrairement à ses dires, fort habile de ses mains. On sait de toute façon que le sexe est ambidextre, et là réside un de ses avantages : c’est avec la même ingéniosité que droitiers et droitières, gauchères et gauchers peuvent indifféremment stimuler de l’une ou l’autre main tout organe sexuel qui se présente. Les choses se sont donc longuement et parfaitement déroulées, à plusieurs reprises et, du point de vue du voisinage, la machine-outil [une perceuse] a au moins présenté cet avantage de couvrir, durant toute cette action, les témoignages de satisfaction produits par Nadine Alcover. »

Pour résumer Envoyée spéciale, vous pouvez lire les sept lignes du quatrième de couverture : « Constance était oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper... » Etc. Mais c’est en lisant le livre que l’on peut réellement être (ou pas) éclairé sur cette fresque dans laquelle une affaire d’espionnage sert vaguement de toile de fond.
   
L’essentiel étant que nous sommes happés dès les premières lignes par l’engrenage d’une histoire bien huilée qui de courts chapitres en courts chapitres nous emporte, aux côtés de Constance, des portes du Cimetière de Passy pour nous ramener au suprême chapitre devant ces mêmes colossales portes.
Entre ces deux stations Echenoz nous raconte l’aventure de son Envoyée Spéciale.  

David Nahmias 
(20/01/16)    



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Lectures









Éditions de Minuit

(Janvier 2016)
320 pages - 18,50







Jean Echenoz,
né à Orange  en 1947, a obtenu de nombreux prix dont le Médicis 1983 pour Cherokee et le Goncourt 1999 pour Je m'en vais.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia





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