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Alain GALAN


Peau-en-poil



Autrefois, Lucas s'était passionné pour la taxidermie sur les animaux qu'il retrouvait morts sur le bord des routes et le narrateur lui avait alors, à sa demande pressante, promis de s'occuper quand il ne pourrait plus le faire du geai, de la fouine, de la chouette, du rat ou de l'écureuil que l'enfant mutique devenu par la suite adolescent solitaire avait à sa façon sauvés de la mort éternelle.
A son décès, sa promesse lui étant rappelée par la fille du défunt, l'ami récupère donc cette étrange ménagerie reçue en héritage. Dans son bureau, sous leur magnétisme, le narrateur incommodé, ancien journaliste local lui-même avancé en âge, finit par s'interroger sur la mort mais aussi sur la part obscure de cet homme qu'il croyait connaître mais dont il sent le besoin de suivre les traces plus précisément.
L'occasion pour lui d'un retour sur le passé, de l'enfance aux études en ville, en passant par « Picasso » ce prof de lycée austère et singulier qui avait aidé Lucas à trouver sa vocation.
C'est dans une plongée vers les souvenirs autant que dans un étrange jeu de piste qu'il s'engage. Dans les deux cas, des émotions et un indéfinissable flottement sont au rendez-vous.
 
 Au fil de cet itinéraire tortueux, d'étranges découvertes ne feront qu'épaissir les secrets scellés dans  l’existence de ceux qu'ils ont autrefois croisés ensemble, et ceux de ce compagnon d'enfance qu'il revoyait avec pourtant une certaine régularité et une infaillible amitié.  « Se jouait-il de lui-même, de cette part d'enfance demeurée en lui, enchevêtrée dans la vieille nasse des années qui, chez la plupart d'entre nous, s’effiloche au fur et à mesure que nous tombons en âge ? Chez lui, elle tenait encore bon, l'enfantine nasse. Elle recelait, comme un trésor, force galets et coquillages. »
Que cachait ce peintre épris de la nature et de ses mystères fasciné par la mort ? Aurait-il choisi de la frôler de si près qu'il se serait finalement laissé enlacée par la faucheuse ?

C'est à une véritable déambulation intérieure, une errance mélancolique entre bois et étangs dans ce territoire noyé de brume et irrigué par des rivières au nom de « Folie » ou « Néant », entre contemplation, chamanisme et poésie, réflexions existentielles et artistiques, que le narrateur nous invite. 
La nature, personnage central de cette histoire, se conjugue ici avec l'art, interrogeant la frontière entre la vie et la mort. L'amitié qui unit les deux hommes sert de fil conducteur aux voyages.
La réalité et son reflet se mélangent, la magie s’en mêle parfois, pendant que le roman l'air de rien déroule son errance de chemin en chemin, nous entraînant avec un sentiment de trouble et de fascination à emboîter le pas de celui qui cherche au-delà de l'histoire de Lucas sa propre vérité.
Un rythme lent, un regard presque mystique sur les paysages de la Brenne ou la Sologne, teintent l'ensemble d'une étrangeté et d'un énigmatique envoûtement auquel il est difficile de rester insensible.

Une curiosité intemporelle à découvrir.

Dominique Baillon-Lalande 
(21/01/16)    



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Lectures









Buchet-Chastel

(Janvier 2016)
208 pages - 15











Alain Galan,
né en 1954 à Brive,
journaliste et écrivain,
a déjà publié
une vingtaine de livres

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