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Joëlle GARDES


À perte de voix



Un recueil de treize nouvelles très caustiques où les haines peuvent apparaître au sein de la famille, où l’absence de l’homme aimé se retrouve dans plusieurs nouvelles avec des approches très différentes, où l'on découvre des réflexions sur la création, où l’ennui au cœur des foyers peut s’infiltrer insidieusement, où la peur d’exister et d’oser paralyse les désirs, où le rêve permet de fantasmer sa vie, où le sentiment d’imposture gangrène l’image de soi, où le vieillissement et la hantise de la mort et de son enterrement peut mener à de macabres projets…    
L’écriture très acerbe prête à sourire quand l’horreur des propos est assumée.

Les nouvelles sont regroupées en deux parties : Version rose, Version grise.

La mort rôde mais le recueil n’est pas morbide, il nous permet de réfléchir, il dit ses vérités à la religion, il dévoile le rôle des mots, le mensonge du langage : « La seule chose dont elle soit sûre est que tout passe par le langage, qui ne peut faire autrement que de mentir. »

Une grammairienne vit avec un mathématicien : « Parfois, elle a envie de lui faire mal, parce qu’elle éprouve devant lui un sentiment d’infériorité qu’elle voudrait lui faire payer. »  

Le réveillon peut être un moment où se libèrent toutes les rancœurs jusqu’au moment où tout dérape : « A chaque fois, j’espère un miracle, la réconciliation universelle, un sens à l’existence, pourquoi pas l’éternité. La chute est rude. »

Une femme attend, attend toujours, un coup de fil mais pas celui de Robert : « Je lui ai laissé un message en précisant qu’il ne devait absolument pas chercher à me revoir, ni même me téléphoner. » Mais a-t-elle vraiment le désir qu’il n’appelle pas ?

Un professeur écrit des poèmes mais se vit comme un imposteur : « Où passe la frontière entre l’amateur, rarement éclairé, et le professionnel ? Le sentiment interne ne suffit pas. Il est éminemment trompeur, si j’en juge par les manuscrits d’étudiants ou d’amis. Ils ne souhaitent évidemment pas un avis franc, mais une approbation, une louange. »

Un peintre se sent aussi imposteur, il se vit comme barbouilleur ! « Je suis fou de la lumière ! Cézanne pouvait s’arrêter de peindre à dix heures du matin, parce qu’elle avait déjà changé.  Moi aussi, je m’arrête très vite, parfois même je ne commence pas. » Pas facile la création : « Non pas les affres de la création, mais celles de la médiocrité. »

Une femme rêve du garde du corps du président alors qu’un homme aimerait être là le jour de son enterrement et imagine un stratagème avec son meilleur ami.

Une femme se rappelle le jour de la Chandeleur où elle faisait des crêpes avec sa grand-mère puis sa mère : « Ce soir, elle est seule. Pendant des années, elle a tenu à préparer la pâte à crêpes pour ses propres enfants. Les rituels sont formateurs. Déjà qu’on ne va plus à la messe le dimanche ! » La religion est souvent bousculée avec beaucoup d’humour et de causticité.

Une femme n’a jamais aimé le cirque mais une fois devenue enseignante elle va vivre une émotion tout à fait particulière en liaison avec l’univers du cirque.

Beaucoup d’ennuis dans les vies alors certains cherchent à s’échapper et chacun cherche sa voie pour vivre des émotions qui permettent de sortir du quotidien : « Il y a deux ans, il est parti un été, seul. Il avait toujours rêvé de s’enfoncer dans le vide et le désert. »

Vivre un amour caché permet de rêver mais les douleurs ne sont pas épargnées. La haine ou l’impossibilité de vivre ses désirs et ses plaisirs, ne rien oser peut empoisonner les vies.

Un très beau recueil qui se lit avec beaucoup de plaisir. L’écriture ne peut laisser indifférent car contrairement à plusieurs de ses personnages Joëlle Gardes ose écrire et dire ce qui peut déranger mais qui est si juste.

Brigitte Aubonnet 
(09/09/14)    



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Lectures









L'Amandier

194 pages - 18











Joëlle Gardes,
professeur émérite de La Sorbonne, a déjà publié de nombreux romans, recueils de poésie, textes de théâtre et ouvrages universitaires sur le
langage ainsi que sur Saint-John Perse



Bio-bibliographie sur
le site de l’auteur :
www.joelle-gardes.com