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Yan GAUCHARD


Le cas Annunziato



L’auteur retrace l’histoire de Fabrizio Annunziato, traducteur parisien d'ascendance italienne quasi quadragénaire qui, lors d'une visite du musée national San Marco de Florence avec un couple d'amis, verra une plaisanterie infantile tourner à ses dépens.  Alors que celui-ci s'était amusé à enfermer ses compagnons dans une des anciennes cellules du couvent décorée de fresques de Fra Angelico après en avoir découvert l’imposante clé accrochée dans une étroite niche à l'entrée, il s'y retrouvera à son tour enfermé par Camelia dei Bardi, une employée du musée taquine, alertée par le bruit.
C'est peu après qu'un coup de fil apprendra à la gardienne le décès de son père, l'amenant à quitter précipitamment son travail en oubliant totalement sa farce.
La nuit tombe, le musée ferme, et notre homme n'a plus qu'à s'installer le plus confortablement possible pour dormir. Seulement on est samedi, le lendemain le musée reste fermé et, dans cette Italie berlusconienne en ébullition et en colère pendant cette période électorale, sa détention se poursuivra pour raison de grève durant plusieurs jours.

À Florence, en ce printemps 2002, la contestation altermondialiste gronde et le retour du Cavaliere n’arrange rien. Les manifestations se multiplient, on parle de nombreux blessés, de quelques morts et d'emprisonnements massifs. Dans l'Italie de ce début du XXIe siècle encore marquée par les années de plomb avec l’activisme politique des Brigades rouges  et l’assassinat d’Aldo Moro, on ne badine pas avec l'ordre public.

L'endroit est exigu mais la fresque fascinante aux variations de lumière et, plus amusé par la situation que paniqué,  le reclus involontaire prend son mal en patience plutôt que d'appeler les secours sur son portable. D'autant que Raphaella, la jolie brune de la maison d'en face avec laquelle il communique via gestes puis portable, lui fait parvenir par la lucarne (grâce à ses talents de basketteuse) de quoi survivre. Et puis, d'une certaine façon, cette parenthèse hors du temps tombe bien : notre héros a dans sa sacoche un essai italien qu'il peine à traduire et pour lequel son éditeur le harcèle.
Fabrizio restera ainsi dix jours dans les quelques mètres carrés de la cellule numéro 5 face à « La complainte du Christ sur la croix ».

Il n'en sortira qu'entre deux carabiniers, quand le directeur du musée venu sur place pour des travaux de restauration l'ayant découvert dans un piteux état d’hygiène aura alerté les forces de l'ordre. Dans cette période de troubles et après la découverte du manuscrit dans son sac ("La démocratie pourrie") la police, qui verrait bien dans cet étrange clandestin un élément pro-Brigades rouges, le fera alors directement passer de la case « cellule de moine » à celles du commissariat, déjà saturées par les arrestations en masse des jours précédents. 
Tandis que d'interrogatoires en menaces le lieutenant-colonel Tito Santanelli cuisine ce demi-Italien suspect sur ses origines, son passé, sa famille, ses engagements, les textes qu'il a traduits, celui-ci abasourdi et perdu, tente, à l'incompréhension générale, de s'abstraire de cette agitation pour préserver la sérénité que son involontaire retraite lui avait fait découvrir.
Pendant ce temps, à l'extérieur, Raphaella et l'éditeur agitent les médias, la population s'émeut du sort de la victime transmis aux mains de la justice...

Avec un tel patronyme le héros de Yan Gauchard semblait prédestiné à la cellule de Fra Angelico pour y contempler l'annonciation. Avec son prénom, à vivre un épisode romantique florentin à la manière de Fabrice Del Dongo (La chartreuse de parme de Stendhal) incarcéré dans la Tour Farnèse avec Raphaella comme Clélia. Et le traducteur, positionné à la charnière entre deux langues comme l'ange Gabriel de la fresque entre la Vierge et le Saint-Esprit dans son rôle d'intermédiaire, de peinture en littérature, se retrouve dans toutes les situations en décalage, ballotté d'un monde à l'autre, plus spectateur qu'acteur.
À l'identique le roman oscille entre aventures rocambolesques, réflexions sur l'art, propos politique, description du sentiment amoureux, avec une légèreté humoristique et une fantaisie tout italienne  sans jamais privilégier l'un ou l'autre de ces axes.
De quoi se laisser entraîner dans ce roman extrêmement dynamique et distrayant, truffé de références artistiques, ancré dans son époque, aussi blasphématoire que sensuel,  proche de ces comédies « sociales » qui ont fait le succès du cinéma italien dans les années cinquante et soixante, avec le sourire aux lèvres.

Un premier roman inventif, brillant et littéraire en diable à ne pas rater.

Dominique Baillon-Lalande 
(02/02/16)    



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Minuit

(Janvier 2016)
128 pages - 12,50











Yan Gauchard,
né en 1972, est journaliste à Presse Océan.
Le cas Annunziato
est son premier roman.