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Alain GILLOT

La surface de réparation


Vincent est un ancien espoir du football contraint suite à un accident de se reconvertir comme entraîneur de la jeune équipe de Sedan.
L'homme solitaire voit débarquer à l'improviste sa sœur avec laquelle il a, comme avec le reste de sa famille, des relations distendues. Une formation imposée, si elle veut continuer à toucher le chômage, l’oblige à lui confier pour deux semaines la garde de son fils. Léonard, qu'il ne connaît pas, a 13 ans. Il semble peu envahissant, assez silencieux et sans la moindre émotion apparente. Madeleine le prévient qu'il dort beaucoup et peut avoir de véritables crises de panique quand un geste ou une parole vient bousculer ses habitudes. Un garçon peu sportif mais surdoué au jeu d’échecs. Pris de court, Vincent accepte.
Le lendemain, ne souhaitant pas laisser le gamin seul dans un logement qu'il ne connaît pas, Vincent emmène Léonard sans réaction à l’entraînement. C'est endormi dans les gradins qu'il le récupérera. Mais, grâce au visionnement de la collection complète de DVD de l’entraîneur, le gamin acceptera finalement, du bout des lèvres et pour répondre aux attentes de son oncle, d'y revenir et de prendre le poste de gardien de but si lui se met aux échecs.
 A la surprise de Vincent, celui, que des examens à l’hôpital suite à un léger incident vont permettre d'identifier comme atteint du syndrome d'Asperger, va même faire preuve sur le terrain d'un exceptionnel talent... 

C'est cette relation entre l’entraîneur et son neveu autiste qui fait sujet dans la première moitié du livre, explorant, avec une certaine justesse aussi bien la réalité attachée au ballon rond que celle des symptômes et de la pathologie du « martien » comme l'appelle les gamins de l'équipe. 
La deuxième partie explore ensuite cette famille avec laquelle Vincent a rompu : le père alcoolique et violent, la fuite et les galères successives de la sœur aînée, l'impuissance d'une mère aujourd'hui en fin de vie.

Certes l'ensemble déborde de bons sentiments mais l'auteur parvient cependant à éviter pathos et clichés. Les personnages sonnent juste, le rapprochement audacieux fait entre la stratégie d'une partie d'échecs et celle d'un match de football fonctionne et l'angle narratif choisi apporte une certaine épaisseur à l'ensemble. Alors, progressivement, plus que l'histoire de Léonard le petit autiste ou de Vincent qui fuit la vie et le passé dans le foot, et au-delà des épreuves que chacun a subies, le sujet du roman devient la rencontre de leurs solitudes,  la communication et l'entraide qui les sauvent l'un et l'autre, l'un par l'autre.
Une belle histoire d'apprivoisement avec l'enfant dans le rôle du miroir face à l'adulte qui lui servira de guide.

Si le récit à la première personne nous amène à adopter le seul regard de Vincent dans cette histoire, on est loin ici d'un récit introspectif. L'étrange présence de Léonard prend trop de place pour qu'il ne partage pas le devant de la scène avec lui, les fantômes du passé aussi.
Mais surtout de nombreux dialogues qui font place égale à Madeleine, la mère ou la pédopsychiatre, viennent se glisser dans le texte réintroduisant dans le huis clos de cet improbable couple, le monde extérieur dans ses aspects les plus divers, parfois porteurs d'indices pour son déroulement à venir. Des scènes dont l'auteur, n'hésitant pas à glisser quelques pincées d'humour dans certaines répliques, se sert pour relancer le rythme de cette histoire simple sans temps mort et portée par un style fluide.
Une belle manière pour ce scénariste TV de mettre son savoir-faire (simplicité du pitch, efficacité illustrative des situations, vivacité du récit, récit à la première personne) et ses qualités au service d'un roman généreux et sympathique, facile à lire mais moins convenu qu'il pourrait le sembler à première vue. 

L'amour du foot et la connaissance de ses règles ne sont pas une condition nécessaire pour entrer dans le roman et y trouver de l'émotion. Mais si le football n'est au fond ici qu'un prétexte pour aborder les capacités d'intégration et de cohabitation des hommes malgré leurs différences, la présence dans le roman de ce sport si populaire pourrait fort séduire, et non sans bénéfice, les adolescents et certains inconditionnels des stades peu enclins à s’abîmer dans la lecture.
Une mention spéciale pour le titre choisi, qui par son ambivalence (réparation des fautes par penalty sur le terrain et par les mots pour les individus) est une belle trouvaille. 

Dominique Baillon-Lalande 
(02/12/15)    



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Flammarion

(Avril 2015)
222 pages - 18


Prix Sport Scriptum
et
Prix Jules Rimet 2015