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Didier GOUPIL

Les tiroirs de Visconti



Roman étonnant que celui de Didier Goupil qui par la description d'un intérieur révèle peu à peu, comme le ferait un papier photographique trempé dans un bac, la personnalité de Paul M. qui porte des vestes Arnys dont la qualité du tissu et de la coupe est essentielle : Paul M. ne portait que des vestes Arnys.
Avec le temps, c'était devenu comme une seconde peau et il avait pris l'habitude de porter une veste tout au long de la journée, qu'il soit dehors ou bien chez lui.

Paul M. est très indépendant et se méfie de tout le monde sauf de sa chatte Dee Dee : "À force de vivre avec elle, je me suis aperçu à quel point je lui ressemblais. Comme elle, je suis un solitaire qui tient farouchement à son indépendance. Je n'aime pas qu'on me dérange, que les choses bougent autour de moi. Je me méfie des étrangers, des visiteurs, et, je vous le dis comme je le pense, ne vous formalisez donc pas, je ne me livre jamais aux gens que je ne connais pas."

Le narrateur interroge Paul M. et le dialogue se poursuit tout au long du roman qui s'achève sur un éclairage surprenant et cohérent. Les réponses de Paul M. et son point de vue apparaissent toujours entre guillemets ce qui nous permet de suivre ces échanges érudits et enrichissants où le temps semble s'être arrêté. Pas de rebondissements mais un cheminement et du suspense sur l'issue du roman. On ne s'ennuie jamais au fil des pages qui excitent notre curiosité face à un personnage complexe, difficile à cerner.

Beaucoup d'érudition et d'anecdotes sur des écrivains, des cinéastes, des couturiers, des personnalités connues, des monuments de Paris… qui sont autant d'indices pour comprendre qui est ce Paul M. qui nous raconte sa vie. Les objets qui l'entourent, l'agencement des pièces révèlent aussi son fonctionnement : Paul M. ne savait pas résister à la tentation. C'était un vrai collectionneur qui collectionnait tout ce qu'il est possible de collectionner. Les livres, les timbres, les tableaux, bien sûr, mais également les parapluies, les chasubles et les photographies de famille. Les assiettes, les lettres manuscrites ou les montres à gousset.

Ce roman est aussi une exploration des collections. Que révèlent les collections que l'on réalise ? Images qu'il collait sur des feuilles blanches avant de les ranger ensuite dans de grands classeurs.
"C'était mon monde. Mon premier musée."

C'est un roman très réussi. L'écriture est un vrai bonheur de lecture érudite et chargée de poésie et de douceur. On apprend beaucoup sur différentes personnes connues, sur des évènements qui ont eu lieu et sur la manière dont chacun peut construire ou inventer sa vie : "Croyez-moi, la vie ne vaut d'être vécue que si l'on en fait une fiction."
Un roman qui nous renvoie à réfléchir sur notre propre conception de la vie.

Brigitte Aubonnet 
(12/09/13)    



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Lectures








Naïve

(Août 2013)
128 pages - 17







Didier Goupil,

n en 1963,
nouvelliste et romancier,
est l'auteur de sept livres.


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