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Khadi HANE


Demain, si Dieu le veut



Le roman se déroule essentiellement au Sénégal même si le narrateur est à Paris au moment où il nous raconte le chaotique parcours qui l’a mené jusque là. Un meurtre et vingt-cinq ans de prison. Plusieurs thèmes forts nourrissent le livre : la réflexion sur sa propre violence interne, la survie en milieu carcéral, l’homosexualité et l’installation d’entreprises et de commerces chinois en Afrique.

La première page crée d’entrée de jeu une situation particulière. On est le 6 septembre 2042. Cette date permet de situer tout ce qui a précédé ses vingt-cinq ans de prison à une époque très actuelle. Le narrateur est né en 2000, c’est donc le Sénégal d’aujourd’hui qu’il peut décrire dans les années qui  précèdent son incarcération.

Joseph est à Paris, au parc Monsouris et s’apprête à mettre fin à ses jours. Allongé dans l’herbe, il réfléchit et pense à Ching, un codétenu devenu son amant, son seul ami. Ching a été libéré  il y a longtemps et il s’est suicidé. Que reste-t-il à Joseph sur cette terre ? Sa mère a cessé de venir le voir et son frère est mort quand il avait douze ans. C’est d’ailleurs là que sa vie a basculé.

Même si son père les a abandonnés très tôt, Joseph a connu une enfance agréable et confortable. Sa mère tenait une boutique de vêtements que son grand frère envisageait de reprendre ensuite. L’avenir semblait radieux. Mais l’arrivée massive de produits chinois à bas prix a changé la donne. « Elle avait ouvert cette boutique pour nous, c’était notre héritage et voilà que les Chinois ont envahi le marché avec leurs bric-à-brac que tout le monde s’arrache. Jour après jour, les commerces locaux ferment, au profit de ces bazars où on vend des objets fabriqués en Chine. » Et l’état encourage ce mouvement à tous les niveaux de l’économie. « Le pouvoir en place cédait à tout-va des licences d’exploitation de nos terres et mers à n’importe quelle entreprise chinoise qui le demandait. »

Après la fermeture de la boutique, Patrick, le grand frère, a dû travailler dans une société de pêche chinoise. « Son travail consistait, dans les chalutiers industriels chinois, à ramasser, vider et conditionner le poisson que la Chine exportait ensuite vers l'Europe. Très vite, il reprocha à ses patrons de priver les Sénégalais de ce qui, jusque-là, constituait l'élément essentiel de leur alimentation : ce poisson que les pêcheurs locaux, sur leurs pirogues, n'attrapaient plus. Pour s'en venger, mon frère, aidé de Jean, mit au point un moyen de rendre justice à son peuple : il volait aux voleurs du poisson qu'il redistribuait à la population, une part infime, si l'on considérait la razzia des Chinois sur ce côté-ci de l'océan Atlantique. »
Bien sûr, Wong, le patron, n’a pas aimé cette forme de justice et il a fait assassiner Patrick. C’est alors que Joseph a juré de venger son frère.

Mais ce qui a surpris Joseph, c’est le plaisir terrible, physique, sexuel, qu’il a ressenti en commettant ce meurtre et ce désir fou de jouissance remonte en lui de temps à autre...

Khadi Hane met en scène un personnage torturé par ses pulsions mais dresse aussi un portrait passionnant de l’évolution économique du Sénégal avec une note mélancolique au souvenir de Léopold Sédar Senghor. « Senghor doit se retourner dans sa tombe. Nous ne méritons pas ce qui nous arrive. Avec lui au moins, le Sénégal jouissait du raffinement de l’homme de culture. » Un roman fort, courageux, très contemporain, qui confirme le talent de cette écrivaine qui a déjà publié plusieurs livres et obtenu le prix Thyde Monnier de la Société des Gens De Lettres en 2012. Une auteure à suivre...

Serge Cabrol 
(05/11/15)    



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Lectures








Joëlle Losfeld

(Octobre 2015)
160 pages - 15,90










Khadi Hane,
née à Dakar en 1962, vit maintenant à Paris. Elle a obtenu le prix Thyde Monnier de la SGDL pour son précédent roman.



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