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Françoise HOUDART


Retour à Domme



Avant de mourir, la grand-mère maternelle d'Oscar, une femme libre et rebelle, a raconté à son petit-fils l'aventure qu'elle avait eue un temps avec « un Anglais passionné de vins, d'art et d'antiquités » en Dordogne et lui demande de faire un pèlerinage là-bas pour elle sur les traces du rouge-gorge. L'homme très attaché à son aïeule, toujours ému au souvenir de cette scène où, à ses cinq ou six ans,  un rouge-gorge était venu percuter la grande baie de la véranda de Mamie et que celle-ci lui avait fait croire qu'il n'était qu'assommé par le choc – « Mais était-ce vraiment mentir que d'emballer la mort de l'oiseau dans le papier de soie de l'illusion ? Ou de l'amour... » –, décide donc pour ses vacances de quitter la Belgique où il vit pour honorer son étrange promesse.

La route est longue et le conducteur fatigué quand une palombe vient s'écraser sur son pare-brise. Choqué, l'adulte semi-conscient sort de son véhicule et se retrouve, suite à une absence, sur le bas-côté où le chien de Jean-loup le réveille à coups de langue.  Le vieil artisan, qui habite avec sa femme le hameau abandonné de la Renardière à proximité, lui propose de l'amener chez lui pour qu'il se remette de ses émotions avec un café.
L'accueil est sympathique et chaleureux, le cadre exceptionnel et Oscar se laisse retenir pour une sieste, une nuit puis quelques jours.
D'autant qu'il semble avoir été conduit par le hasard au bon endroit car la photographie de sa grand-mère montrée au couple en racontant son histoire aurait pour décor le Belvédère de Domme situé aux environs et à son verso inscrite au crayon, une phrase de François Augièras dont Emilia possède tous les livres.
À l'examen approfondi, on remarque aussi sur le cliché l'étrange broche en forme de rouge-gorge qui orne le corsage du modèle. Serait-ce lui ce rouge-gorge dont il lui faudrait retrouver trace en souvenir d'elle ?
Pour cette enquête à la recherche du rubis perdu, le trentenaire est aidé, outre le couple de retraité, par Jacquou le guide de Domme, Alex, vaguement antiquaire et fils du cousin de Jean-Loup, un riche homme d'affaires amateur de vins et de femmes…
Et l'ombre d'Édith, la fille de ses hôtes partie vivre à Londres du commerce de l'Art, semblable au mythe de la Coulobre  ce serpent-dragon fantastique que cache le fleuve, hante les lieux...

Ce roman est à multiples entrées :
Roman d'initiation d'un homme encore jeune, solitaire maniaque, pétri de doutes et de peurs,  encore relié à son enfance et sous domination maternelle, logisticien plus connecté à ses ordinateurs qu'à la vie. « Faut que je garde la tête froide, parce que je gamberge facilement aussi... j'ai cette tendance à réfléchir sur les faits les plus banals, les coïncidences anodines. Puis je me sauve à la première alerte ». Emilia « a envie de dire tout cela à ce garçon qui court, lui aussi, derrière un rêve. Lui dire que ce qui compte vraiment, c’est de rêver. Et de désirer. Envie de lui dire que ce qui le fait marcher, courir, pleurer, c’est le désir. Que c’est le désir qui donne le goût d’aborder chaque matin après chaque petite mort nocturne. Et qu’on meurt de ne pas désirer s’éveiller… »
Roman rural sur un Périgord, ses paysages à couper le souffle et son inquiétante figure de la Coulobre, à la charnière entre passé (représenté par le couple Jean-Loup/Emilia) et présent, dont l'âme se perd au fur et à mesure que les maisons abandonnées sont vendues à des Anglais, des Belges, des Hollandais venant y chercher temporairement le calme, la beauté mais qui n'enrayent en rien le départ des jeunes et la dissolution de la communauté.
Roman d'enquête sur un bijou disparu dans lequel « le hasard tient le premier rôle ».
Récit de famille avec le fantôme de cette Mamie libre et moderne riche de secrets. 
Et tout cela s’enchevêtre malicieusement : « Tout est lié, les choses, les gens, les époques… Les morts et les vivants… Le rêve et la réalité. Oui, tout. » comme l'exprime Oscar.
Pour finir, simplement en roman d'amour et en renaissance du hameau....

Françoise Houdart s'y entend pour nous raconter une histoire, l'habiter avec des êtres communs pour lesquels elle ourdit des rencontres sensibles et imagine des rebondissements improbables, tout en conservant toujours, à la lisière de la réalité, sa part aux mythes, aux fantasmes et au  mystère.
Dans ce récit de facture assez classique les personnages prennent vite chair, avec un bonus particulier pour le couple composé de Jean-Loup, ce potier-vannier amoureux de sa terre comme de sa femme, bourru et taiseux et cependant plein de générosité et de bon sens, et la forte, discrète et énigmatique Emilia qui parvient mal à cacher sa souffrance face à l'exil de sa fille. Ils en prendraient presque la place du héros tant ils sont attachants.

Un pied dans le présent et un autre dans le passé, le jeu de piste auquel l'auteur nous convie pourrait être moins anecdotique qu'il n'y paraît et satisfaire, par les points d'interrogation qu'elle égraine habilement au fil du récit, les curieux sensibles à l'écologie, l'aménagement du territoire, la sociologie et surtout le lecteur que, de sa langue simple et poétique, elle initie à la vraie vie de ces hommes de bonne volonté sans prétention, oubliés des médias, qui nous ressemblent et irradient parfois d'une lumineuse humanité.

Un beau voyage.

Dominique Baillon-Lalande 
(05/08/16)    



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Lectures








Editions Luce Wilquin

(Mars 2016)
176 pages - 17









Françoise Houdart,
née en Belgique en 1948, poète et romancière,
a déjà publié près d’une trentaine de livres et obtenu plusieurs prix littéraires.

Bio-bibliographie
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de l'auteur :
www.francoisehoudart.eu/




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