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Nancy HUSTON

Danse noire


Milo Noirlac est en fin de vie, cloué sur un lit d'hôpital. Par amour, par peur de le perdre, son amant, le réalisateur new-yorkais Paul Schwarz, tente de lui expliquer un ultime projet cinématographique qu'ils pourraient réaliser ensemble : faire un film de la vie tumultueuse et romanesque de Milo. Schwarz se plaît à imaginer que cet itinéraire croiserait deux autres itinéraires de membres de la famille de Milo : celui de Neil Kerrigan (Noirlac), jeune avocat engagé dans la rébellion britannique de 1916, le grand-père de Milo, d'origine irlandaise et celui de la mère de Milo, Awinita Johnson, jeune femme prostituée, hantant les maisons closes de Montréal dans les années 1950 et qui épousera le fils Noirlac.

La jeunesse de Milo à elle seule, mériterait pourtant que l'on en fasse un film, qui transporterait alors le spectateur de famille d'accueil en pensionnat épouvantable.
Dans la classe de Milo, à l'école, une fille lui sourit et lui lance des regards en biais [...] Il lève les yeux vers elle, un sourire géant sur le visage. (Tu n'as jamais eu besoin de poursuivre les femmes, Milo. Toujours ce sont elles qui t'ont poursuivi. Cela a dû contribuer à ton don exceptionnel pour l'inertie…)
Série de scènes en champ /contre-champ. Pas de dialogues, de la musique seulement : tube des Beatles, peut-être ?

Si Milo est devenu ce qu'il est, c'est qu'il est l'aboutissement (ou le maillon, n'oublions pas Eugénio…) d'une histoire familiale que le lecteur découvre, au rythme de musiques lancinantes et d'une danse brésilienne : la Capoeira dont chaque étape chorégraphique a une signification précise qui renvoie à la cohérence du scénario.
Epoques, lieux, sujets, tout dans ce roman permet au lecteur de recomposer l'histoire de trois générations : du Canada à l'Irlande, en passant par New York, on abordera des grands moments et les conflits de société du XXe siècle par le regard inattendu des protagonistes. Ce roman nous propose en fait au moins deux trames narratives : le récit d'une histoire familiale et le récit de l'élaboration d'un film par un cinéaste.

Mais ce roman est aussi, et surtout, l'écriture d'un scénario. Ainsi, au-delà de l'histoire, ce récit amène-t-il le lecteur à s'interroger sur le sens et les limites de ce genre narratif : va-t-on faire un film d'une vie romanesque ? Assiste-t-on à l'élaboration d'un scénario ? Ou bien, est-ce le roman d'une écriture qui s'élabore sous les yeux du lecteur ? Autant de questions qui donnent des perspectives différentes et enrichissent le roman. Rédigé en français mais contenant de longs dialogues en anglais (traduits par la romancière), tenant autant d'un scénario que d'une partition, cet ouvrage retrace les aventures des personnages mais devient surtout l'aventure d'une écriture qui puise son originalité aux confins des autres arts.

Comme dans Lignes de faille, paru en 2006, Nancy Huston aime que les époques, les lignées familiales se croisent pour analyser la transmission entre les générations. On retrouvera avec grand plaisir l'originalité et l'exigence de construction de l'auteur.

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(05/09/13)    



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Lectures









Editions Actes Sud

(Août 2013)
368 pages - 21 €



Nancy Huston,
née à Treviglio en 1981,
vit près de Milan.
Parlant italien, russe et anglais, elle a choisi d'écrire en français.
Les nigauds de l'oubli
est son premier roman.

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